Critique de film
Lettre d'une Inconnue

Ma chère Liza,

Il neige probablement encore sur toutes les villes d'Europe que nous ne parcourrons plus ensemble. Il neige et je pleure peut-être pour la première fois sur les maux de velours que vous m'avez envoyés à la figure comme une baffe aux envies de caresses.

Alors que vos mots trouvent enfin leur place sur le papier, je regarde mon incompréhension les perdre. Je suis celui qui a oublié. Votre mort sera ma pénitence, mes larmes, mon lien avec la fin d'un amour jamais compris, la déchéance d'un talent oublié.

Je vous ai blessée Liza. Vous étiez si belle et je vous ai détruite. Je vous ai laissée porter le poids de l'amour et de la mort enfantine. Suis-je idiot de ne m'être pas questionné ? De n'avoir jamais ressenti ce que vous me proposiez, nos instants, nos voyages, vos sentiments. Toutes ces choses dont je n'ai pu me souvenir.

Jamais je ne me pardonnerai de n'avoir pu vous aimer qu'à ma manière, emprunte d'indifférence. Mais si vous n'avez jamais aimé que moi, sachez que mon amour n'a jamais pu s'étendre avant cet instant où mes yeux s'attardèrent sur l'encre de votre plume flétrie, que j'imagine tremblante entre vos doigts que la vie semble abandonner.

Je vous ai faite victime de mon égoïsme dévorant et si j'ai couru les femmes toute ma vie, ce ne fut que pour fuir son invraisemblable vérité. Le temps passe, les tempes grisonnent, les amours s'oublient, puis vient la mort. Demandez-moi toute chose aujourd'hui et je vous l'offrirai, si ce n'est ça. Ce temps que j'ai trop compté et que vous ne compterez plus contrairement aux pétales que je ne vous ai jamais offerts.

Mais le monde n'est pas le brouillard que je pensais voir. On y trouve, parmi la confusion générale, toutes les beautés et les douceurs illusionnées. Et si ma vanité m'a empêché des les savourer jusqu'ici, il semblerait que vous ayez déposé en moi quelque chose que je ne puis oublier. La vie que vous avez dédié à votre passion pour mon innommable personne m'aura ouvert la voie du romantisme. Plier le destin pour faire face et aspirer le voile d'ombre sur mon cœur.

Pardonnez-moi Liza car j'ai eu peur. J'ai eu peur de vous aimer et d'abandonner une liberté qui me paraissait indispensable à mon bonheur. J'ai été votre blessure comme vous êtes devenue la mienne. J'ai eu peur. Pardonnez-moi. 

 

                                                                                                                                                      Stefan Brand

Réalisateur : Max Ophüls

Acteurs : Joan Fontaine, Louis Jourdan

Durée : 1h26

Date de sortie FR : 19-02-2014
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 19 Février 2014

AUTEUR
Lucien Halflants
[130] articles publiés

Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de perce...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES