Critique de film
Lilting ou la Délicatesse

Cheng Pei Pei est considérée comme la reine du Wu Xia Pian, le film de sabre chinois. En effet elle est la mythique Hirondelle d'Or de King Hu en 1966, rôle qu'elle reprendra quelques années plus tard sous la direction de Chang Cheh dans Le Retour de l'Hirondelle d'Or. Elle tourne de nombreux films de sabre pour la Shaw Brothers mais sa carrière connaît une nette période d’accalmie dans les années 80/90. Ang Lee lui redonnera une chance en 2000 dans Tigre et Dragons où elle incarne Jade la Hyène. C'est donc une très grande surprise que de la voir dans Lilting ou la délicatesse, ce drame britannique traitant de deuil et d'homosexualité. Elle est Junn, la mère de Kai qui a tragiquement péri dans un accident. Avant sa mort Kai avait décidé de placer sa mère, sino-cambodgienne ne parlant pas un mot d'anglais, dans une maison de retraite. Malheureuse d'être là, dévastée par la mort de son fils, elle voit débarquer dans sa vie, Richard (Ben Wishaw) qui se présente comme l'ami de Kai et qui lui rend visite régulièrement tentant d'apaiser sa douleur mais également la sienne, car Richard était en réalité le conjoint de Kai. Ce denier n'ayant jamais avoué à sa mère son homosexualité.

1 Tiens vaut mieux que 2 tu l'auras

C'est un film à sujet qui tente de parler parallèlement de deux choses. D'un côté l'homosexualité bien sûr, comment l'avouer à ses proches, la peur de les faire souffrir, la peur de gâcher une relation en étant honnête. De l'autre le sujet du déracinement, celui de Junn en l'occurence qui a quitté le cambodge il y a très longtemps et qui, malgré les années, reste une totale étrangère dans cette Angleterre dont elle n'aime rien, refusant même d'en apprendre la langue. Malheureusement aucun des deux sujets n'est traité à sa juste valeur. Ils ne sont même pour ainsi dire pas traité du tout restant vaguement des intentions non menées à leurs termes.

Méli-mélo

On se retrouve donc face à un mélodrame très banal mais aussi et surtout très artificiel. Reposant sur des mécaniques de scénario digne d'un mauvais soap opera et jouant maladroitement sur un suspense inutile et vulgaire (comme Richard va avouer à Junn que Kai était son conjoint?), l'ensemble échoue finalement totalement dans son entreprise dramatique. Hong Khaou, le cinéaste, préfère se perdre dans des sous-intrigues sans intérêt (une romance entre Junn et un pensionnaire de la maison de retraite, une amitié entre Richard et la traductrice qu'il engage pour pouvoir communiquer avec Junn) plutôt que de mettre les mains de le cambouis et traiter de face ses véritables problématiques. En résulte un film un peu vulgaire, définitivement raté, trop engoncé dans des intentions qu'il n'est pas capable de tenir.

Deux visages se dessinent

On en retiendra deux choses. D'abord la pétillante Cheng Pei Pei, bon pied, bon œil, très touchante dans le rôle d'une mère qui a tout perdu. Ensuite dans le rôle de Richard on retrouve l'incroyable Ben Wishaw, monstre de sensibilité et de délicatesse justement qui parvient malgré la banalité de ce film à lui donner des moments très beaux et émouvants. Il porte une mélancolie et une tristesse dans son regard qui irradient des scènes autrement sans intérêt. Un acteur qui n'a sans doute pas la carrière qu'il mérite (il a un second rôle récurrent dans les James Bond) après son rôle magnifique de Jean-Baptiste Grenouille dans Le Parfum de Tom Tykwer qui le fit découvrir au public du monde entier. Nous lui souhaitons en tout cas beaucoup mieux que ce mélo aussi anonyme qu'une soirée télé sur la TNT.

Durée : 1h26

Date de sortie FR : 15-10-2014
Date de sortie BE : 22-10-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 05 Octobre 2014

AUTEUR
Grégory Audermatte
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