Critique de film
Logan

Depuis sa première bande annonce à la tonalité mélancolique et crépusculaire, bercé par la voix rocailleuse et évocatrice du Hurt de Johnny Cash, Logan semblait déjà amorcer une profonde mutation dans la longue saga des X-men au cinéma. Dernier tour de piste d'Hugh Jackman dans un rôle qui a façonné sa carrière à Hollywood, cet ultime chapitre en forme d'épitaphe rompt avec les canons en vigueur du film de super-héros moderne pour redonner au genre ses lettres de noblesse.

Au coeur des ténèbres

Film miraculeux et miraculé dans un système de production de plus en plus infantile et mercantile, ce nouvel opus délaisse le costume de Wolverine pour laisser place aux fêlures de son alter ego Logan et renoue avec la peinture intimiste de ces personnages propre au débuts de la saga X-men sur grand écran. A mi chemin entre le western et le polar « hard boiled », Hugh Jackman et son réalisateur James Mangold assument pour la première fois en dix-sept ans toute la dimension tragique d'un anti héros solitaire, brisé et alcoolique qui vit dans l'attente de sa propre mort.

Reclus à la frontière mexicaine et protégeant un professeur Xavier sénile et affaibli, Logan va trouver le salut dans le regard d'une jeune mutante (Dafne Keen, la révélation du film) avant que les événements ne le pousse inexorablement à ressortir les armes pour un dernier baroud d'honneur. Débarrassé des exigences morales de la censure américaine (il s'agit du premier film classé R-rated de toute la saga), Logan s'aventure bien au delà du film de super héros et nous livre une formidable étude de caractère, où la violence graphique inhérente à la représentation du personnage sert de miroir à ses propres démons intérieurs. Porté par l'identification fusionnelle d'Hugh Jackman avec son personnage, le film de James Mangold est avant tout un formidable drame humain, d'une intensité rare et exceptionnelle qui se vit de l'intérieur comme une plongée sans concession dans l'inconscient désespéré et rageur de son héros éponyme. Vieilli, taciturne et fatigué, Logan évoque autant la figure du super héros que celle du cow-boy solitaire et désabusé inscrit au coeur de la filmographie du grand Clint d'Eastwood, d'Impitoyable à Gran Torino. A l'instar de son mésestimé remake de 3 h 10 pour Yuma, James Mangold ne se contente pas d’emprunter les codes du western mais en reprend aussi les enjeux idéologiques sur l'importance du mythe comme socle commun de notre identité et de notre humanité.

L'âme et le coeur d'un père

Loin d'être une posture, ce nouveau ton sombre et adulte, embrasse la nature profondément misanthropique et romantique du personnage de Wolverine. De sa scène inaugurale, à la violence sèche et brutale, à son final qui rend un hommage vibrant à L'homme des vallées perdues de Georges Stevens, Logan s'enfonce dans l'obscurité pour mieux trouver la lumière. A ce titre tout ce qui tourne autour de l'héritage de la culture populaire et de l'amour de la jeune mutante pour la bande dessinée témoigne d'une compréhension intime de l'univers des super héros dans ce qu'il a de plus beau, noble et chevaleresque.

Furieux, mélancolique et bouleversant, Logan est la plus belle incarnation sur grand écran de la franchise X-men et accessoirement un des meilleurs films de super héros depuis les Spider-man de Sam Raimi. La preuve au carré qu'entre de bonnes mains le film de super-héros peut toujours renaître de ses cendres et se réinventer.

Durée : 02h17

Date de sortie FR : 01-03-2017
Date de sortie BE : 01-03-2017
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 07 Mars 2017

AUTEUR
Manuel Haas
[103] articles publiés

Biberonnée au cinéma populaire, ma cinéphilie ne connaît pas de frontières et se ...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES