Critique de film
Lolo

Mais qu’est-il donc arrivé à Julie Delpy, pourtant habituée des comédies romantiques enlevées, pour tomber aussi bas dans le cliché de l’opposition entre la parisienne bourge et le beauf provincial ? C'est donc ça la vision de "la comédie grand public" de la réalisatrice ? Affligeant ! Le scénario cousu de fil blanc de Lolo signerait presque la rencontre douloureuse entre Bienvenue chez les Chtits et Supercondriaque.  La présence de Dany Boon favorise sans doute cette impression de déjà vu. Mais pour une fois, il n’est pas responsable de tous les maux…

La snob et le plouc

Violette (Delpy) est Directrice Artistique à Paris, célibataire ultra snob, 45 ans, en manque. En thalasso avec sa copine Ariane (Viard), elle décide de se taper un plouc car selon les dires de la grand-mère d’Ariane, les cons baisent bien. Jean-René (Boon) incarne donc le beauf sur pattes : sandales, chaussettes blanches, intérêt limité pour l’art et ingénieur informatique, donc ennuyeux. Il lit L’Equipe quand elle feuillette Le Monde, il s’endort sur un SAS quand elle hante les nuits parisiennes en embrassant les poeple sans poser les lèvres. Mais bon ça colle car il en a une grosse et qu’il maîtrise l’art du cuni. Navré de voler aussi bas que le film mais pour être parisienne quadra branchée faut aimer parler vulgairement de sexe avec ses copines et appeler une bite une bite. La première scène entre Delpy et Viard annonce la couleuvre. Le reste sera du même acabit.

Pour éviter que le spectateur ne fuie au bout de dix minutes, Delpy qui devrait songer à arrêter de jouer dans ses propres films (elle est à la ramasse du début à la fin) imagine traiter en filigranes le thème de l’Œdipe avec dans le rôle du fiston épris de Môman, le virtuose Vincent Lacoste. Rarement aussi mal dirigé, son génie burlesque s’évanouit à vue d’œil. Les dialogues sonnent creux, les répliques s’écrasent sur l’écran, on ne croit pas une seule seconde à cette idylle éculée, à cet Œdipe pour les nuls.

Oeuf, bite et mouillette

La relation mère-fils aurait pu ressembler à la version française de We need to talk about Kevin, qui appuyait aussi fortement sur la symbolique, même pas… Lolo reste toujours coincé au ras des pâquerettes. Pour preuve, le complexe d’Œdipe est symbolisé à l’écran par un bébé qui tête une paire de seins ! Delpy pousse même l’imagerie de trois tonnes jusqu’à la répétition visuelle du petit déjeuner très freudien : deux œufs à la coque et assortiment de mouillettes qu’elle sert à son rejeton. Quand le plouc et la bourge regardent ensemble Le Village des Damnés de Carpenter à la télévision, la messe de la psychologie de comptoir sonne le glas de nos espoirs.

Il y a bien quelques saillies comiques. Viard a des regards qui suggèrent tant de choses, Boon joue moins le demeuré qu’à l’habitude, mais rien ne rattrape le duo Lacoste-Delpy complètement à la rue. Lacoste n’a rien d’un psychopathe, il tient plus du Bradipus Tridactylus.

Franchement, il n’y a rien à sauver, pas besoin de s’étendre sur la laideur de la photographie qui donne l’impression que le chef opérateur a tourné l’intégralité des scènes extérieures derrière une vitre.

Il n’y a pas si longtemps, Anne Fontaine nous avait déjà proposé sa vision de la crise de la quarantaine chez la bourgeoise avec Mon pire cauchemar, Lolo qui complexifie sa trame d’une étude Que sais-je de l’Œdipe n’offre rien de plus que cette sempiternelle opposition comique entre une certaine idée du raffinement et de la vulgarité. Et même si la bourgeoise est finalement la plus vulgaire des deux, ce ressort finit par lasser sérieusement.

Durée : 1h39

Date de sortie FR : 28-10-2015
Date de sortie BE : 28-10-2015
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 28 Octobre 2015

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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