Critique de film
Love and Mercy

Qu’est-ce qui fait que nous allons voir un film plutôt qu’un autre ? Principalement le bouche à oreille, le casting, parfois le réalisateur mais aussi l’affiche. N’étant pas spécialement fan des Beach Boys, c’est cette dernière qui m’a donné envie de voir le film. Il faut reconnaître qu’elle est très réussie. Tout d'abord, Love & Mercy n’est pas un film sur les Beach Boys mais plutôt sur le compositeur du groupe Brian Wilson, personnage génial et torturé qui entendait littéralement les mélodies dans sa tête avant de les jouer.

God Only Knows

Bill Pohlad, dont c’est le premier film (habituellement producteur de films tels qu’Into The Wild, 12 Years a Slave, Brokeback Moutain…) a choisi de raconter la vie de Wilson en se concentrant sur deux périodes, celle dans les années 60 qui précède la parution de l’album Pet Sounds de 66 (considéré comme le meilleur album du groupe) et celle dans les années 90 où il rencontre sa seconde épouse Melinda Ledbetter. Le jeune Wilson est interprété par Paul Dano (incroyable notamment dans Prisoners), le Wilson contemporain par John Cusack. Tous les deux sont au diapason, brillants tous les deux. La différence entre le jeu des deux acteurs ne se ressent même pas. Ils sont liés intimement par la souffrance de Wilson, enfant battu, artiste incompris, homme exploité et rendu amorphe par une consommation excessive de drogues et bourré aux médocs dans la seconde partie de sa vie.

Wouldn't it be nice ?

Pour parvenir à illustrer ces voix qui résonnent et chantent dans la tête de Wilson, Pohlad joue subtilement sur les sons et sur la direction d’acteurs. Dano plus illuminé et encore fou de créer, Cusack plus éteint, endormi par les cachets et seulement tiré vers la vie par le sourire compréhensif d’Elizabeth Banks. Le trio emmène le film car si on devait compter sur la mise en scène, on finirait par se rendre compte qu’il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la rétine. Comme c’est de coutume dans des « Biopic » scindés en deux périodes, the good old time est teinté de sépia, avec un grain granuleux, tandis que l’époque contemporaine est filmée sans effet. A force cette technique n’apporte plus grand chose.

Surfin' USA

A l’exception d’une scène de délire de Wilson conçue avec un peu de créativité, le reste du long métrage est très sage et un brin ennuyeux. Assez surprenant finalement pour un film sur un créatif comme Wilson qu’on nous dépeint comme un génie torturé. Dans le genre, Last Days de Gus Van Sant explorait avec plus de pertinence la psyché torturée de Cobain. Wilson décrit à tort comme un schizophrène paranoïaque, a en lui, une folie créatrice ou maladive capable d’être le substrat idéal pour un film qui aurait épousé ses contours. L’histoire reste touchante, la libération par l’amour, l’espoir d’exploiter les voix intérieures, non plus comme des menaces mais comme des leviers de création.

Le film donne toutefois envie de découvrir le changement de cap dans la musique des Beach Boys, quand ils ont cessé d’être un groupe destiné aux surfeurs, vu que ces derniers dixit n’aimaient de toute façon pas ce qu’ils faisaient. 

Réalisateur : Bill Pohlad

Acteurs : Paul Dano, John Cusack, Elizabeth Banks

Durée : 2h02

Date de sortie FR : 01-07-2015
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 02 Juillet 2015

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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