Critique de film
Lovelace

Tourné en douze jours "Gorge Profonde" consacrait la débutante Linda Lovelace en égérie du cinéma pornographique aux côtés de Marilyn Chambers. En pleine période de libération sexuelle, le film de Gérard Damiano était un événement sans précédent et mobilisait les foules. Du vice président américain Spiro Agnew à Sammy Davis Jr et Frank Sinatra, tout le monde se pressait pour assister aux talents d'avaleuse de sabre de la jeune Linda. Plus gros succès commercial de l'histoire du cinéma (600 millions  de dollars de recettes pour une mise de départ de 25 000 dollars), "Gorge Profonde" ne rapporta pourtant rien à son interprète principale qui deviendra ensuite la figure de proue des mouvements feministes anti-porno avant de terminer sa vie seule et abandonnée de tous. 

De cette histoire hors norme, les documentaristes Rob Epstein et Jeffrey Friednam accouchent d'un téléfilm de luxe réactionnaire, caviardé de "caméos" pantouflards, à l'image des récentes productions Millenium Films (cf notre critique de The Iceman). Le film se concentre sur l'histoire d'amour orageuse entre Linda Lovelace et son mari Chuck Trainor, homme de l'ombre, violent et tyrannique, qui initiera sa femme aux plaisirs du cinéma pour adulte et du sexe tarifé.
Si la reconstitution du tournage du mythique "Gorge Profonde" prête à sourire par son aspect grotesque et outrancier, finalement assez proche du Boogie Night de Paul Thomas Anderson, le reste du métrage se vautre dans une vision démagogique de l'aliénation féminine. La sémillante Amanda Seyfried incarne une Linda Lovelace naïve et virginale échappée d'une production Disney faisant face aux dents aiguisés du grand méchant loup Chuck Trainor (Peter Sarsgaard)

Sous couvert de la noble mention "inspiré d'une histoire vraie", le scénariste Andy Bellin use de ficelles dramaturgiques énormes pour provoquer l'indignation et forcer l'empathie du spectateur. L'addiction à la drogue et les précédentes aventures devant la caméra de la première "pornstar" de l'histoire sont passées sous silence, tout comme sa fin de vie et les dérives violentes de son second mari ici dépeint comme un père de famille vertueux.

Monument de bonne conscience dégoulinant, à la mise en scène digne d'une fiction télévisée pour ménagére ménauposée, Lovelace aurait plus sa place sur les chaînes hertziennes que dans les salles de cinéma.

 

Durée : 01h29

Date de sortie FR : 08-01-2014
Date de sortie BE : 08-01-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 09 Janvier 2014

AUTEUR
Manuel Haas
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