Critique de film
Lucy

Luc Besson et la critique

Si l’eau a coulé sous les ponts depuis 1988 et l’accueil frigorifique réservé au Grand Bleu, le désamour entre Luc Besson et la critique française est toujours de mise. Comme nombre de ses films précédents, Lucy, le dernier opus du scénariste-réalisateur-producteur français n’a pas été projeté à la presse française avant sa sortie en salles. Ayant eu le privilège de découvrir Lucy hors de l’hexagone, nous nous efforcerons d’être impartiaux dans le texte qui va suivre. Néanmoins, parions d’ores et déjà qu’une trêve n’est pas à l’ordre du jour et que la critique française s’apprête à tomber sur Lucy à bras raccourcis. Mais la rancœur d’une partie des journalistes n’explique pas tout et Lucy est loin d’atteindre le niveau des meilleurs films de Luc Besson, sortis maintenant il y a une vingtaine d’années.

Le pitch

Il y a plus de trois millions d’années, Lucy est une Australopithecus afarensis, bipède d’Afrique de l’Est. De nos jours, à Taipei, Lucy (Scarlett Johansson) est une fêtarde gentiment vulgaire qui se retrouve à la merci de trafiquants de drogue coréens. Des sales types qui lui ouvrent le ventre pour y cacher une nouvelle drogue qu’elle va exporter illégalement. Quelques péripéties plus tard, la poche en plastique implantée dans le ventre de Lucy se craque, déversant une substance surpuissante dans son organisme. Dès lors, alors qu’elle n’utilise, comme tout le monde, qu’environ dix pour cent de ses capacités cérébrales, Lucy va accéder à une maîtrise exponentielle de son cerveau. En d’autres termes, elle se transforme en une super-héroïne qui ne porte pas son prénom par hasard.

Tout (ou presque) dans la bande-annonce 

Si vous avez vu l’une des bandes annonces qui ont parsemé la campagne promotionnelle maousse costaud de Lucy, vous savez à quoi vous attendre, l’essentiel des rebondissements et des moments forts du film s’y trouvent. Si vous avez aimé cette bande annonce, vous pouvez en rester là, car ce que le film contient « en plus » est discutable, voire problématique. Pour les autres, les patients qui restent vierges avant la séance, vous pouvez espérer un petit film d’action à la fois sympa et improbable, qui contient son lot de gags et de scènes spectaculaires. Si le film se cantonnait à cela, on en ferait un moins gros cas et il ferait une honnête carrière en V.O.D. ou sur les étagères des dernières vidéothèques. Mais Luc Besson ne prend pas les manettes d’un autre Transporteur, et son film semble nourrir de plus hauts desseins. Une ambition qui sera le motif probable de l’assassinat critique à venir. En effet, dans son dernier tiers, Lucy s’égare sur des pistes métaphysiques pour le moins hasardeuses. Un final qui semble difficile à prendre au sérieux, comme le souhaite le cinéaste.

Everything wrong with Lucy within...

Si Lucy s’assumait en tant qu’actioner décérébré, ce qu’il est dans sa majeure partie, on lui pardonnerait les incohérences qui ponctuent chaque séquence. Mais, outre son dénouement, certains rebondissements posent de vrais problèmes de respect du spectateur. Après trente minutes de film, le personnage de Lucy est à la fois invincible et omniscient. Dès lors, le récit devient exempt d’enjeux dramatiques et glisse dangereusement vers l’ennui. Sans doute conscient de cela, le scénariste invente une faille à son personnage lors d’un voyage en avion. Sans trop en révéler, il s’agit d’un phénomène qui détruit l’apparence physique de la jolie héroïne. Irresponsable, le scénariste-réalisateur se débarrasse du problème dans une ellipse et ne réutilise jamais la problématique !

Recyclage

Autre souci majeur, Lucy est, à tous points de vue, une œuvre en manque cruel d’inspiration. Scénaristique encore, et sans même aborder ce qui concerne le pauvre Morgan Freeman : après que l’héroïne se soit vengée de ses tortionnaires, les motivations du personnage deviennent à la fois floues et insensées. Au sujet d’Inception (une référence de Luc Besson pour ce film) on a reproché à Christopher Nolan de rêver d’artillerie lourde et de poursuites en voiture. Chez Luc Besson, Lucy décuple ses capacités cérébrales pour devenir une dingue de la gâchette et une conductrice irresponsable. D’un angle strictement visuel, Lucy recycle non seulement des vignettes issues des autres films et productions étiquetées Luc Besson (travellings arrière sur des méchants en costards qui marchent dans des couloirs, une poursuite urbaine en voiture qui rappelle la série des Taxi…), mais utilise aussi une imagerie déjà obsolète née de l’avènement des nouvelles technologies (idéogrammes chinois qui se déchiffrent type « réalité augmentée », Lucy qui manipule les ondes satellites comme on se sert d’une tablette…), sans compter le pompage direct d’idées graphiques éculées (le fameux décor blanc de Matrix, le symbiote de Spider-Man 3…).

Plaisir coupable

Mais au bout du compte, malgré tous les défauts précédemment évoqués, malgré les décors dignes des productions A.B. (l’appartement de Lucy), malgré les placements de produits et la stratégie marketing apparente (selon vous, le choix de Choi Min-Sik, éternel Oh Dae-Su d’Old Boy, c’est pour le talent ou le marché asiatique ?), on peine à détester Lucy. Déjà, il y a Scarlett Johansson, qui parvient encore une fois à charmer l’audience lors des premières minutes d’un personnage pas encore invulnérable. Ensuite, il y a le rythme du film, dont la durée tourne heureusement autour de l’heure et demie, qui laisse très peu la lassitude s’installer entre nouveau pouvoir de l’héroïne et scènes d’actions décomplexées (type: attaque de couloir au bazooka). Enfin, Luc Besson dynamise la première partie de son montage grâce à un recours aux stock-shots pas subtil pour un sou mais plutôt distrayant (exemple, la séquence d’enlèvement de Lucy, montée en parallèle avec des plans de fauves s’attaquant à un troupeau de gazelles).

Où en est le cinéma de Luc Besson ?

Au terme de la projection, le dernier tiers de Lucy pose un réel cas de conscience. Comme point final du n’importe-quoi ahurissant auquel on a assisté, le préchi-précha ésotérique paraît au minimum déplacé, voire comme une blague douteuse. Pourtant Luc Besson serait sérieux. Conclusion : après avoir servi un produit mercantile sous-écrit enrobé d’une réalisation paresseuse, le réalisateur cherche à nous le faire avaler comme s’il s’agissait d’un film d’auteur. Il y a vingt ans, le genre de morale new-age véhiculée par les films de Luc Besson gardait un parfum post-adolescent, une touchante naïveté. Dans le cas de Lucy, un tel artifice trahit définitivement le retournement de veste de l’un des cinéastes français emblématiques du tournant des années 80/90. 

Durée : 1h30

Date de sortie FR : 06-08-2014
Date de sortie BE : 06-08-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Jaunita
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Critique mise en ligne le 02 Août 2014

AUTEUR
Olivier Grinnaert
[99] articles publiés

Je fus initié au cinéma dans les années 80 par le gérant d'un vidéo-club pr...
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