Critique de film
M

Que me veulent ces gens qui, dans leurs idéaux de révoltes intestines, ne font naître que ballets d'ombres macabres. J'ai posé la mienne, prémonitoire, sur les gros titres des journaux. Je m'y suis fait connaître. Vous me recherchiez parait-il.

J'étais par là, je sifflais alors que vos enfants chantaient comptine. Dans le noir je me cachais de vos regards assassins. Traînant mes traces de lumière comme un fardeau. Puis vous m'avez marqué, de vos mains tatouées à la poudre blanche. Ainsi vous me surnommez «M» ?! Quel nom horrible, une lettre pour un mot, une lettre pour un homme. Mais ai-je encore ce statut à vos yeux ?

Suis-je plus crapuleux que vous, pauvres magouilleurs de bas étage, vous, mafieux virulents, gens de pouvoirs insipides, chapardeurs de fourrure, tueurs des coins de rues. Probablement, mes crimes sont impardonnables. Mais tous les soirs la nuit s'étend au-delà de mes atrocités. Ne me reste plus qu'à oublier.

Oublier les horreurs qui forment mon quotidien. Vous en êtes bien incapables. Cramer vos vies pour les pardonner, brûler vos journées pour les oublier. Puisque vous perdez à chaque seconde, vos yeux dans la soupe populaire brûlante, vos porte-feuilles affamés dans les flammes calcinantes du chômage. Vos enfants ont faim, moi aussi.

Mes actes ne sont pas politiques, ils sont cruels, incontrôlables. Mais rappelez-vous, je ne suis que l'homme que vous pouvez frapper, la part du monstre que vous voyez. Ma mort ne vous rassasiera pas. Demain, au petit matin vous vomirez vos ventres vides, vos quelques verres de gnôle sur une qualité de vie misérable, sur vos corps socialement abîmés.

Ma névrose est la vôtre. Si j'arbore ce que j'aime croire être une pathologie inconnue, je représente aussi chaque neurone vrillé de vos esprits torturés. Je représente la mort, la pauvreté, les maladies, le prix du kilo de viande qui explose les tableaux noirs. Je représente votre époque et votre société que vous ne semblez même pas détester. Mon mal est social bien avant le vôtre, comprenez-le.

Oh et puis si vous le voulez, tuez-moi. Vous me savez coupable. Tuez-moi et faites-moi mal car, si je suis une ordure, vous êtes aussi responsables de ne pas voir, d'avancer les yeux cachés dans une pénombre aveuglante. Et n'en reviendront que ceux qui l'auront accepté.

Je suis un monstre, vous aussi.

Durée : 1h50

Date de sortie FR : 05-03-2014
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 09 Mars 2014

AUTEUR
Lucien Halflants
[130] articles publiés

Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de perce...
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