Critique de film
Ma vie avec Liberace

A la fin de Ma vie avec Liberace (Behind the Candelabra), dernier film annoncé de Steven Soderbergh, il se produit quelque chose après laquelle tout cinéphile court : l’émotion. Celle-ci prend chez moi la forme d’une chair de poule assez ample. La jambe droite est d’abord gagnée par le picotement intérieur, puis le bras, le dos enfin. C'est beau et fugace. Liberace (Michael Douglas), pianiste de renom à Las Vegas, vient de mourir du sida. Assis dans la salle dans laquelle il s’est produit pendant des années, son ancien compagnon Scott Thorson (Matt Damon) l’imagine sur scène s’envolant sur l’air de la quête de Jacques Brel. De sa voix fragile et aigue Douglas récite les paroles merveilleuses de la chanson. On ne pouvait imaginer plus belle révérence pour un réalisateur qui s’identifie alors à son personnage principal et salue une dernière fois son public.

Construit pour être diffusé sur HBO, aucun studio classique n’en ayant voulu, Ma vie avec Liberace raconte l’histoire d’amour entre Liberace et Thorson, alors jeune paysan naïf  amoureux de la vie luxueuse. La différence d’âge ne l’effraie pas, il aime Liberace mais son addiction à la drogue et son inadaptation à ce milieu vont sérieusement éreinter sa romance. Scott Thorson devient alors ce qu’on lui avait toujours prédit, l’amant interchangeable. L’histoire se termine mal, là où elle avait commencé. Liberace a un appétit sexuel insatiable et ses amants lui offrent ce dont il a besoin pour rajeunir. Quand l’amour se flétrit, Liberace vieillit aussi.

Ma vie avec Liberace parle d’ailleurs du rapport à la vieillesse dans l’industrie du showbiz. L’homme complètement amoureux de son image a recours à la chirurgie esthétique.  Il souhaite également que son jeune compagnon soit modelé à son image. L’amour fusionnelle se transforme en une relation étrange où il est davantage question de filiation. Le narcissisme du pianiste est démesuré. Pourtant même si Michael Douglas s’y emploie avec force, on ne parvient pas à détester son personnage. On est admiratifs du talent de l'acteur dont c’est probablement l’un des plus beaux rôles, touchant et féroce. L’acteur a puisé la force d’endosser ces costumes à paillettes parce qu’il a récemment vaincu un cancer, c'est lui qui l'affirme. La trajectoire de cet homme attiré par la lumière l’a touché comme elle touchera le spectateur. L'histoire d'amour fonctionne, on y croit.

Matt Damon est également extrêmement convaincant dans ce rôle de joli cœur amouraché et un peu benêt. Formellement le film n’a d’autre ambition que de raconter une histoire et on l’en remercie. Car c’est un film d’acteurs à la linéarité narrative assez implacable. Un film qui parle de strass mais qui ne brille pas par son style. Michael Douglas vient de s’inscrire en candidat pour le prix d’interprétation. Il est fabuleux, rien dans son interprétation n’est outrancier alors que tout son personnage l’est. Flamboyant ! Telle est sa quête, suivre l’étoile… l’inaccessible étoile. Celle de Soderbergh vient de mourir avec un biopic assez classique mais sa lumière continuera d'éclairer le 7e art encore un petit moment. 

Durée : 1h58

Date de sortie FR : 18-09-2013
Date de sortie BE : 30-10-2013
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :

Pitu
22 Mai 2013 à 10h43

Superbe critique. Mais pourquoi seulement 3 étoiles alors? :-)
Bon cela m'a l'ai un bon cru cette édition.

Allez les jaunes.
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 21 Mai 2013

AUTEUR
Cyrille Falisse
[979] articles publiés

Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES