Critique de film
Macbeth

L'adaptation de Macbeth au cinéma est déjà marquée par deux poids lourds, le film d'Orson Welles en 1948 et celui de Roman Polanski en 1971. Sans parler de l'illustre Château de l'araignée, adaptation plus libre d'Akira Kurosawa dans le Japon médiéval, réalisé en 1957. Si celle de Justin Kurzel était aussi attendue c'est avant tout pour son casting glamour quatre étoiles. Michael Fassbender, un des acteurs les plus passionnants de sa génération qui oscille intelligemment entre cinéma indépendant (Shame) et blockbusters (Prometheus, X-Men) et notre Marion Cotillard nationale, une des seules actrices françaises à s'être véritablement imposée à Hollywood. A la barre, Justin Kurzel réalisateur australien qui nous avait légèrement traumatisé avec son glaçant Les crimes de Snowtown en 2011.

Dans une esthétique moyennageuse embrumée, boueuse et violente évoquant aussi bien Conan le Barbare de John Milius qu'Excalibur de John Boorman, Kurzel livre une adaptation très littérale et assez sage de la pièce. Nimbé d'une sublime bande-originale (écrite par le frère du cinéaste, Jed Kurzel) le film propose en effet une direction artistique solide parfaitement cohérente au cœur de collines écossaises aussi belles que menaçantes. La première séquence de bataille, brutale, où le réalisateur s'amuse avec le montage (accélérés, ralentis) et la lumière (rouge sang) faisait craindre un excès d'esthétisme. Ce qui est confirmé par la suite, la richesse et la puissance du texte de Shakespeare ne sont jamais totalement incarnés.

Kurzel réalise une adaptation à minima contenant l'essence du texte et du récit, passant par exemple trop vite sur les personnages secondaires et manquant également d'ampleur malgré cette emphase esthétique évidente. Le chef op, Adam Arkapaw, fidèle de Kurzel, qui a également éclairé la saison 1 de True Detective fait un boulot solide et il n'est pas responsable de l'enchaînement mécanique des scènes. Le film aurait dû prendre plus son temps. Un des enjeux les plus complexes de la pièce, à savoir comment l'ambition du pouvoir fait sombrer le personnage dans la folie, passe presque inaperçu. Il y a un schématisme un peu dommageable, presque fainéant dans la manière de représenter cette perte de repère qui nous implique assez peu.

Heureusement Michael Fassbender apporte une véritable densité à cette quête de pouvoir sombrant dans la folie la plus sanguinaire. Il est d'une puissance physique impressionnante. Le personnage de Lady Macbeth semble par contre un peu sacrifiée, alors que son rôle est prépondérant dans la destinée de son mari. Marion Cotillard reste excellente et excellera même lors d'un monologue finale déchirant et impressionnant.  

Bien qu'assez loin des succès des films de Welles, Polanski et Kurosawa, le Macbeth de Kurzel propose une adaptation brutale et noire comme le jais. On se souviendra de ce très beau couple de cinéma, Michael Fassbender et Marion Cotillard coexistant ensemble dans cette spirale de violences et de folie au cœur d'une Ecosse nourricière qui dévore les hommes. Je suis d'ailleurs très curieux de retrouver la même équipe sur un blockbuster comme Assasin's Creed (Kurzel est très « famille de cinéma », on retrouvera son frère Jed Kurzel à la musique, le chef opérateur, les acteurs). En lui souhaitant de ne pas se faire dévorer par l'ogre hollywoodien et de continuer sur cette lancée prometteuse.  

Durée : 1h53

Date de sortie FR : 18-11-2015
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 16 Novembre 2015

AUTEUR
Grégory Audermatte
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