Critique de film
Magic In The Moonlight

Dès les premiers instants, quelques paresseuses notes jazzy et l’éternelle typographie du cinéaste viennent - dans un charme désuet – cueillir le spectateur.

Dans quelques minutes cela commencera, la salle, hilare, s’esclaffera des derniers sarcasmes métaphysico-nietzschéens du cinéaste New-Yorkais. De Jade à Paris, Woody gorge ses trames de magie. Mais ici, c’est à Berlin qu’un maitre prestidigitateur entame les débats. Stanley Crawford, génie auto-proclamé de sa profession et magicien talentueux à ses heures, accepte de se rendre dans le sud de la France pour tenter de déjouer les dons surnaturels d’une jolie médium offrant régulièrement ses services à de riches veuves et héritiers. Le cartésien illusionniste engagera mine de rien une lutte morale envers la raison, l’existence, la mort, l’amour et autres peurs ancestrales.

Colin Firth interprète brillamment ce personnage sans trébucher, là où d’autres avant lui se sont vautrés, en all(i)enisant leurs corps et leurs dictions, se laissant dévorer par le génie comique quoique monolithique du metteur en scène. L’acteur tout en charme et élégance se pare des plus belles répliques pour transcender sa névrose en colère puis en bêtise, abaissant le prince au rang de cochon pourtant attachant.

Et si ce dernier est si magistralement illuminé – et ce dans tous les sens du terme - ce n’est pas uniquement grâce aux talents de dialoguiste de Woody Allen et aux regards embrasant de la belle Emma Stone mais aussi à la lumière généreusement accordée par Darius Khondji. Jolie lumière pour d’étonnants clichés feutrés, laissant les rayons matinaux transparaitre au derrière des pommiers. Parfois chaleureux, parfois ridicule. A l’instar de ces flous bordant systématiquement le cadre. Idée lourdaude condamnant toute velléité d’échappatoire mystique, limitant l’esprit à ce qu’il est, une machine à penser et à mourir mais non à vivre en dehors de tout corps scientifique. On savait Woody hanté par la question, essaierait-il d’y attacher une réponse ?

Abracadabrantesque, ce quarante-septième long métrage aux allures de screwball comedy, l’est. Il est aussi vaguement amusant mais surtout étonnamment paresseux de la part d’un cinéaste qui dans l’humour aura trouvé le drame et quelques pépites inoubliables ; qui dans le drame aura trouvé la paix mais moins de talent et qui dernièrement aura bien plus difficilement trouvé le génie qu’il aura pourtant si souvent côtoyé. Alors en attendant qu’il réponde aux attentes de la vie et qu’il affronte celle qui l’a tant effrayé, profitons tout de même de son art vivant à défaut d’être vivace car si tant d’yeux se closent ses derniers jours, c’est sans doute pour nous rappeler de toujours garder les nôtres ouverts sur un art qui – s’il perd ses figures – continuera à briller sur une humanité ne pouvant pas toujours en dire autant.

Durée : 1h38

Date de sortie FR : 22-10-2014
Date de sortie BE : 06-08-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 16 Août 2014

AUTEUR
Lucien Halflants
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Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de perce...
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