Critique de film
Magic Mike

Il n'arrête pas d'annoncer sa retraite mais Steven Soderbergh continue de pondre des oeuvres avec frénésie comme si avant de partir il voulait vomir les quelques plans dont il ne s'était pas encore servi dans sa longue filmographie. Le principal problème de Soderbergh c'est qu'il a obtenu trop tôt la Palme d'Or pour son premier film Sexe, mensonges et vidéo (1989), ce qui reste encore jusqu'à présent son meilleur film et surtout le plus libre. Soderbergh annonce être déçu par l'industrie cinématographique qui manque de courage et d'originalité et il nous offre pourtant un énième film de strip-tease qui n'a pas le souffle grandiose du Go Go Tales de Ferrara qui semblait réinventer le genre en baladant avec virtuosité sa caméra dans les coulisses du spectacle. Finalement Soderbergh a souvent excellé à mettre en images (il est souvent chef opérateur de ses films, monteur aussi) ses propres scénarios (Sexe, mensonges et vidéoSolaris) mais il est beaucoup plus prévisible quand il s'agit de ceux des autres, presque "mainstream" en dépit de sa photographie vintage et jaunie.

En adaptant le scénario de Reid Carolin, Soderbergh n'apporte rien de nouveau. Il l'avoue, il est arrivé aux limites de ce qu'il sait faire, alors pourquoi continuer ? Autant prendre une pause et réinventer un langage au lieu de nous balancer tous les six mois (trois en 9 mois, ContagionPiégée et Magic Mike) un nouveau film creux, qui ne sert qu'à alimenter un discours qu'il n'adresse plus qu'à lui-même. Vu dans ce sens et en dépit du narcissisme de l'acte, Magic Mike a un intérêt quelconque. Mike est couvreur de jour et stripteaseur la nuit, c'est un beau gosse ambitieux joué par le survitaminé Channing Tatum. Il rencontre le jeune Adam dit Le Kid (Alex Pettyfer) qu'il prend sous son aile et qu'il introduit dans un club de strip dirigé par l'excentrique Dallas (Matthew McConaughey). Mais même s'il promet à la soeur du Kid (Cody Horn) de prendre soin de son petit frère, le monde de la nuit est une boîte de pandore des drogues et du vice, le Kid n'y échappe pas. Mike en se revoyant plus jeune sous les traits du Kid va prendre conscience que sa vie n'est pas celle qu'il désire (c'est en fait surtout le regard moralisateur de la soeur et la déconvenue née des retrouvailles avec sa sex friend (Olivia Munn), la chipie vient de se fiancer alors qu'elle expérimentait fréquemment le triolisme en sa compagnie, qui lui mettent la puce à l'oreille) et sortir du rang.

L'histoire est d'une platitude évidente et Soderbergh ne peut la filmer qu'avec auto-dérision. Il filme ce club de strip-tease masculin comme il filmerait le cinéma lui-même, en montrant son essence et sa finalité. Son essence c'est de plaire, d'allumer le public avec du spectacle calibré, de faire semblant de le  surprendre, de le soulever de son siège au sens propre mais sans qu'il ne puisse jamais toucher et deviner l'envers du décors. Le préambule démarre d'ailleurs par là. Matthew McConaughey (qui a dégotté l'agent de l'année : Bernie, Magic Mike, The paperboy, Mud, Killer Joe), dans un jeu qui n'est pas sans rappeler celui de Tom Cruise dans Magnolia, tout en démesure donc, annonce les trois règles, on ne touche pas les pectoraux, on ne touche pas les fesses et on ne touche pas l'entre-jambes. Dans la salle, le parterre de filles est hystérique. Triste vision du spectateur qui aime tromper la médiocrité de sa vie sexuelle en fantasmant sur des objets mouvants inaccessibles. L'ombre de jugement du réalisateur plane d'ailleurs sur tout le film et sur sa représentation énergique, la soeur du Kid se substitue à Soderbergh à l'écran et nous distille sa petite morale convenue. Non le strip n'est pas un métier d'avenir (comprenez le cinéma quand on parle du strip), c'est dangereux pour la santé (on s'y drogue), c'est le monde du faux (on s'y allonge le sexe pour faire plus impressionnant, effet spécial en gros plan), on compose des numéros dont la vacuité est masquée par les décibels odieuses de remix peu inspirés (le DJ résident du club est aussi le dealer)... on est là pour une unique raison, faire cracher ses dollars à un public conquis d'avance.

Soderbergh est lucide et même s'il utilise le ton de la comédie pour dire ce qu'il pense du monde du spectacle, on peut se demander en quoi il y échappe. Son auto-critique a peu de sens. Il continue de faire ce qu'il fait de mieux, créer une atmosphère. Le début du film est énergique, sympathique même, les chorégraphies sont prenantes et entraînantes, la salle sourit, rigole et jouit presque de cette débauche de testostérone. Channing Tatum donne tout ce qu'il a dans des scènes de danses rampantes où le bassin se fait reptilien. L'énergie déployée est saisissante, pourtant essentiellement filmée de face la scène vit alors que le son des baffles explose de manière impudique. Dès qu'on sort du club, c'est beaucoup, beaucoup plus anecdotique. Le film n'a rien à dire, on accumule les poncifs, les séquences attendues, la boîte de nuit, la scène érotique, la promenade sur la plage, la bagarre, la rédemption. Ce qui avait bien démarré, de manière insolente et auto-critique se transforme en morale dégoulinante et s'achève par un affreux baiser à la table du petit déjeuner. Tout ça pour ça. Le plus ennuyeux c'est que la direction d'acteurs bat rapidement de l'aile, TatumPettyfer et Cody Horn jouent mal et c'est au fil des minutes de pire en pire. Tatum sera d'ailleurs à l'affiche de The Bitter Pill, le prochain film du réalisateur américain en compagnie notamment de Rooney MaraSoderbergh nous arnaque une nouvelle fois en manipulant avec savoir-faire la texture de l'image qui n'abuse plus personne et en découpant habilement son film pour que son rythme masque son vide immense. Derrière, dans les coulisses, rien... une histoire convenue, bien huilée sur lesquels nos yeux glissent comme les mains des spectatrices sur le corps des go go dancers. 
 
Durée : 1h50

Date de sortie FR : 15-08-2012
Date de sortie BE : 15-08-2012
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 14 Août 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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