Critique de film
Maléfique

Fairy tale live ou spin-off ?

En ce début de 21ème siècle, le phénomène du « conte de fées live », entre merveilleux et heroic-fantasy, est un des symptômes d’une interminable crise d’inspiration hollywoodienne (aux côtés des suites, spin-offs, reboots ou autres cross-overs). Dernier exemple en date, Maléfique porte en exergue un célèbre copyright: Disney. Pour l’occasion, le studio relooke même son légendaire logo en y intégrant le château de cette nouvelle et onéreuse production. Mais point n’est question ici de revenir au conte de Charles Perrault. Non, ce nouveau « film » est en fait une extension de l’univers posé dans le classique Disney de 1959, La Belle au bois dormant. Le prétexte étant de placer au coeur du récit le personnage emblématique du premier film: soit Maléfique, la méchante sorcière cornue (donc en un sens, Maléfique est un spin-off…).

Le pitch

Il était une fois un monde divisé en deux: d’un côté un pays merveilleux et tout mignon, de l’autre les terres sales et vérolées des méchants humains. Fée la plus puissante du pays merveilleux, la jeune et gentille Maléfique rencontre Stefan, un humain égaré qui devient son amoureux. En vieillissant, Stefan (Sharlto Copley) devient égoïste et ambitieux. Afin d’être sacré roi, il abuse des sentiments que lui porte la bonne fée et lui joue un vilain tour. Fâchée toute rouge, la vengeance de Maléfique sera terrible (mais mon petit doigt me dit que vous avez une idée de la suite).

Marketing

Maléfique ne se cache derrière aucun alibi. D’abord et avant tout, c’est un produit estampillé Disney. Ressortant leur carte-atout-spécial « magie impérissable », les studios reproduisent en prises de vues réelles l’ensemble du production design imaginé dans les années cinquante. Argument commercial maousse costaud, centrer un film sur le personnage de Maléfique c’est exploiter un costume génial et refaire la fameuse scène du mauvais sort jeté sur la petite Aurore dans son berceau. La campagne promotionnelle du film est d’ailleurs axée sur ces deux éléments. Alors oui, Angelina Jolie porte bien le costume et use parfaitement de son immense sourire plein de dents lors de la scène à (re)faire. Une scène dont se tire plutôt pas mal le yes-man intelligemment engagé par le studio: Robert Stromberg, crédité pour la première fois au poste de réalisateur mais connu jusque-là comme l’un des techniciens superviseurs d’effets spéciaux les plus prestigieux d’Hollywood.

Cap sur le Merveilleux

Le début du film est assez charmant. Très vite, la voix-off nous raconte ce qui s’annonce comme un prologue: soit comment Maléfique est-elle devenue haineuse et ivre de revanche. Cette partie n’a jamais été racontée et tient donc du jamais vu, même si elle est inspirée à la fois de l’univers créé pour le film de 1959 et bien sûr des canons actuels des films d’heroic-fantasy à succès. Embrassant à pleine bouche les sirènes du merveilleux, Robert Stromberg réalise alors des visions assez poétiques, servies par des effets spéciaux bluffants. C’est bien simple, l’univers total et cohérent des premières minutes rappelle même à notre souvenir le lointain Legend de Ridley Scott. Mais très vite, les premiers problèmes de narration pointent le bout de leur nez. Après une scène de bataille brouillonne et hors de propos, ce séduisant prologue s’étire trop pour être honnête, et se mue en un premier tiers entièrement raconté en voix-off. Ce ne sont là que les premières scories d’un scénario extrêmement mal construit et qui dissimule assez mal un problème fondamental.

Rédemption: déception

Transformer une grande méchante en héroïne d’un film familial, tel est le défi relevé par les scénaristes de Maléfique. Disons-le tout net, le pari est perdu. Après avoir humanisé le personnage en lui donnant un background, puis inventé une histoire de trahison qui mènera à la fameuse scène du mauvais sort, les scénaristes ne savent tout simplement plus quoi faire avec elle. Mais le contrat est déjà signé: Maléfique doit rester le personnage central. Dès lors, sa rédemption devient inévitable. Sans dévoiler trop du reste de l’intrigue, tout ce qu’il advient de Maléfique après son pic de méchanceté est incohérent et surtout extrêmement décevant. L’argument promotionnel devient alors un handicap pur et simple au développement naturel du récit. Tous les passages obligés du conte original (le doigt sur le fuseau, le baiser…) semblent placés de force comme autant de figures imposées.

Des figures

Pour se tirer de ce mauvais pas, les scénaristes n’optent hélas jamais pour un développement des personnages secondaires, issus des simples figures du conte original. Résultat, en l’absence de direction d’acteurs (Robert Stromberg n’est pas engagé pour ça), les personnages livrés à eux-mêmes restent donc vides (dans le meilleur des cas), ou deviennent des caricatures (dans le pire). Si cela sied à un prince charmant nigaud à souhait, Elle Fanning n’a pour elle que sa joliesse, tandis que le pire échoit à Sharlto Copley en roi qui tourne casaque. Du côté des « méchants », Sam Riley (dans le rôle du corbeau sous-fifre) fait ce qu’il peut avec un rôle un tantinet plus écrit. Enfin, grâce soit rendue à Angelina Jolie qui s’amuse comme une gamine sans pour autant en faire des tonnes.

En somme...

Pur produit mercantile, Maléfique ne dissimule pas longtemps l’impasse dans laquelle le conduit son argument de base. Si le film démontre avec fracas l’échec total d’un groupe de scénaristes hollywoodiens, on peut toutefois y prendre un certain plaisir en observant le show-reel d’un savoir-faire technique de pointe en matière d’effets spéciaux numériques. Les mythiques dessins-animés de Disney ont inventé nombre d’animaux sidekicks des personnages principaux (le singe Abu, le dragon Mushu, Jiminy Cricket, la souris de Dumbo…). En prise de vues réelles, il faut voir le génie du sorcier Robert Stromberg pour donner vie au corbeau sur l’épaule d’Angelina Jolie dans Maléfique. Sur ce point précis, il s’agit clairement d’un travail d’orfèvre. Alors, si la technique vous intéresse… 

Durée : 1h37

Date de sortie FR : 28-05-2014
Date de sortie BE : 28-05-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 26 Mai 2014

AUTEUR
Olivier Grinnaert
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Je fus initié au cinéma dans les années 80 par le gérant d'un vidéo-club pr...
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