Critique de film
Man of Steel

Man of Steel est un peu un projet rêvé pour tous les geeks de la planète. Christopher Nolan est l’homme qui a fait de Batman ce qu’il est aujourd’hui à travers sa trilogie d’ores et déjà considérée comme un chef-d’œuvre du genre et une réappropriation intelligente et mature du mythe. Zack Snyder est un réalisateur avec un sens visuel inné capable de créer des scènes d’action totalement folles, des plans iconiques majestueux et spectaculaires. Il l’a prouvé encore dernièrement avec l’ovni Sucker Punch. L’association des deux (respectivement producteur et réalisateur) qui nous propose le reboot de Superman ne peut être qu’une excellente nouvelle et la promesse d’un renouveau ultra spectaculaire. D’autant plus que le scénariste n’est autre que David Goyer qui s’était chargé de l’écriture de Batman Begins. Tout était réuni  pour que ce soit un chef-d’œuvre et que les geeks (et même tous les spectateurs) du monde entier se prosternent devant ce nouveau monument du film de super-héros.

Le résultat est plutôt surprenant et à voir les premières réactions américaines le film n’obtient pas le succès critique escompté. Il faut dire qu’il se démarque très clairement des versions de Richard Donner et  Bryan Singer. Tout commence sur Krypton et l’envoi de Kal-El (nom kryptonien de Clark Kent) sur terre avec une scène d’action massive de space-opera que l’on n’attendait pas ici. Ensuite, sur Terre, on retrouve un Clark Kent déjà adulte. Et toute la première partie du film sera construite en flash-backs. Ne sachant que faire de sa vie, cherchant son identité, il adopte une vie de vagabond passant de petits boulots en petits boulots. Et insérés dans ces scènes-là, nous voyons des passages de son enfance, de sa proximité avec son père d’adoption (excellent Kevin Costner), de ses tentatives pour masquer ses pouvoirs etc… Cette première partie est très déstabilisante car sa construction n’est pas très fluide. On se demande pourquoi avoir voulu adopter cette structure éclatée si ce n’est de se démarquer des précédents films Superman. Cela manque clairement d’unité, Clark Kent n’a pas le temps de véritablement se construire en tant que personnage et on a surtout l’impression qu’il manque des scènes. On ne peut reprocher aux auteurs de vouloir réinventer l’origin story de Superman mais force est de constater que le résultat est largement en deçà de ce que proposait Richard Donner il y a 35 ans.

Déçu donc par cette longue première partie on se demande quand le film va enfin prendre son envol et couler avec plus de fluidité. Il faudra attendre une bonne heure et la découverte du costume. Dès lors le rythme s’accélère et on arrive à cette incroyable scène d’action de 45 minutes. On peut dire que Snyder a mis la barre haut. Superman se change soudain en arme de destruction massive qui ravage un village pus une ville entière dans un combat contre ses ennemis. Tout cela est fait avec une furie et une violence (pas littéral) assez incroyables. Les personnages traversent des bâtiments entiers, détruisent des buildings et explosent absolument tout sur leur passage. Cette longue scène est aussi spectaculaire qu’épuisante. Devant tant de spectacle, l’œil finit par ne plus pouvoir suivre ces petites marionnettes numériques qui virevoltent aux quatre coins de l’écran dans une frénésie d’explosions et de destruction.

C’est donc cette étrange construction très binaire qui porte le plus préjudice au film. On le sent inabouti, tâtonnant presque pour arriver à cette forme monstrueuse et protéiforme. Surtout que l’émotion va vraiment avoir du mal à passer. Jor-El (le père kryptonien) est trop présent (par un subterfuge scénaristique d’ailleurs assez facile). Superman trouve trop rapidement sa vraie identité et sa relation avec Lois Lane qui, si elle est beaucoup plus adulte et moins romans Arlequin qu’auparavant, ne parvient pas à toucher véritablement.

Pourtant, le postulat du scénario est assez passionnant. Que se passerait-il on apprenait qu’un extra-terrestre vivait parmi nous? Il y a cette donnée qu’on a eu trop tendance à oublier dans les précédentes adaptations sur le côté positivement « alien » de Clark Kent. Et le plan du méchant Zod qui est de reconstruire feu krypton sur terre pose un dilemme intéressant à Superman. Que préfère-t-il ? Sacrifier son peuple pour sauver les humains ou l’inverse ? Tout cela est bien présent dans le film mais ne parvient que trop rarement à s’épanouir, à être émouvant et profond. Tout cela ne s’intègre pas dans ce scénario en deux actes trop distincts. Du coup, lors de cet interminable climax qui est sans doute l’une des scènes d’action les plus longues et massives de l’histoire du cinéma, on ne ressent pas grand-chose. On n’est qu'assez peu impliqué émotionnellement dans ce combat pro ou anti-krytpon.

Zack Snyder lui-même déçoit. Sa mise en scène n’est plus celle de Watchmen ou Sucker Punch. Adieu les ralentis ultra esthétisants et les money-shots spectaculaires et bonjour caméra épaule, flare à tous les étages (J.J Abrams appréciera) et zooms violents lors des scènes d’action. Etrangement, il adopte une réalisation beaucoup plus brute et réaliste (les fameux zooms, très laids par ailleurs). Si cela fonctionne plutôt bien lors des scènes du début où Clark Kent vagabonde, avec sa photo rocailleuse (très grisâtre et terne) et sa nature ingrate (le froid, la mer déchaînée etc…), on a du mal à comprendre ce choix artistique pour mettre en scène l’Homme de Fer en pleine action. Snyder maîtrise son sujet et l’action n’est jamais brouillonne (nombre de ses collègues auront beaucoup à apprendre de ce film). Néanmoins on aurait aimé un Superman plus magnifié, plus iconisé. Il n’en sera rien.

C’est donc un sentiment ambivalent qui nous étreint à la sortie. Ereinté par un spectacle total et inédit, il nous faut reprendre nos esprits pour séparer le bon grain de l’ivraie. Le film n’est pas avare de qualités. Henry Cavill est parfait dans le rôle, le design de Krypton est une vraie réussite, la scène d’action finale, c’est du jamais vu. Mais le film porte aussi en lui pas mal de défauts : sa construction en deux mouvements ratée, sa cruelle absence d’humour, son aspect visuel assez décevant (mise en scène + photo), ses personnages secondaires sans intérêt, sa scène d’action finale trop généreuse qui en rajoute jusqu’à la nausée.

Il faut se rendre à l'évidence, nos ne sommes pas face au divertissement parfait que l’on était en droit d’attendre. A titre de comparaison Avengers est un modèle de fun et de pur plaisir qu’on ne retrouve pas du tout ici. Alors bien sûr ce n’est pas le même ton. Ce Superman est plus sombre plus centré sur le gravitas du personnage mais malgré tout, on ne peut s’empêcher de sentir qu’il manque quelques ingrédients, que l’ensemble est trop inégal. Superman a beau voler à la vitesse du son (une des très bonnes idées du film), on aurait aimé plus de légèreté. En l’état, le film pèse une tonne et reste sur l’estomac.  

Durée : 2h20

Date de sortie FR : 19-06-2013
Date de sortie BE : 19-06-2013
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 18 Juin 2013

AUTEUR
Grégory Audermatte
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