Critique de film
Man of Tai Chi

Keanu Reeves a eu un peu de mal à gérer son après-Matrix. La trilogie des frères Wachowski a beau l’avoir largement consacré star du cinéma d’action, il n’a pas su en profiter pleinement. De blockbusters de seconde catégorie (47 Ronin, Le Jour où la Terre s’arrêta) à de plus petits films sans intérêt (Braquage à New York, Au Bout de la Nuit), on l’avait un peu perdu de vue ces dernières années. Il opère ces derniers mois un double retour. D’abord dans le film d’action médieval 47 Ronin, donc, et avec cette première réalisation, Man of Tai Chi.

La première surprise de ce film est son origine. C’est plus un film chinois qu’un film américain. Les personnages principaux sont chinois, le film a été tourné entre Hong-Kong et Macao et il est majoritairement en chinois. En travaillant en Chine avec Yuen-Woo Ping aux commandes des chorégraphies des combats (il était le chorégraphe des Matrix), Keanu Reeves semble rendre hommage indirectement au cinéma qui l’a rendu célèbre. Les films Matrix (entre autres multiples influences) ont tenté d’importer une certaine tradition du cinéma d’arts martiaux hongkongais (le fameux Wu-Xia Pian [sans l’aspect historique] dont Yuen-Woo Ping fut un des réalisateurs emblématiques) dans le cinéma américain. En retournant en Chine, Keanu Reeves semble donc revenir à la source.

Le récit s’articule autour de Chen, gentil coursier qui pratique le Tai Chi dans son temps libre avec un vieux maître. Quand une étrange organisation (dirigé par Keanu Reeves lui-même) vient lui proposer de se battre pour de l’argent dans des combats retransmis en direct sur Internet et générant beaucoup d’argent via les paris il refuse dans un premier temps mais finit par accepter (contraint par le risque de destruction du temple dans lequel il s’entraîne).

Il y a dans Man of Tai Chi une humilité permanente qui le rend immédiatement sympathique. Le film s’assume parfaitement dans son cadre modeste de série B où avant tout le but est d’offrir un catalogue satisfaisant de scènes de combats. De ce point de vue là on n’est vraiment pas déçus. Ne réinventant pas la poudre Keanu Reeves met pourtant en scène les chorégraphies de Yuen Woo-Ping avec beaucoup de cœur et un talent certain. Jamais dans l’esbroufe les scènes d’action confrontent sobrement deux combattants chacun avec un style différent dans des chorégraphies variées et spectaculaires.

On retrouve d’ailleurs (dans un rôle un peu court) Iko Uwais, l’acteur indonésien de The Raid. Et le film semble vouloir rendre hommage aux origines des arts martiaux en confrontant justement toute la philosophie ancestrale et mystique qui se transmet de génération en génération par un enseignement strict d’un côté et l’appât du gain, la brutalité gratuite et la victoire indigne de l’autre. Des thèmes certes peu originaux mais traités ici, comme le reste du film, avec humilité autour de ce personnage principal simple et sympathique.

Alors on n’évite pas toujours la caricature. Keanu Reeves en premier qui dans le rôle du grand méchant en fait un peu trop (voix grave et phrases sentencieuses). On n’évite pas non plus la sous-intrigue policière sans grand intérêt (même si on y retrouve avec plaisir Simon Yam). Il y a par ailleurs une certaine naïveté dans tout ça qui peut faire sourire (d’ailleurs le film évite toute violence inutile et se révèle très clean malgré son thème de gladiateurs modernes).

Mais on préférera se souvenir d’un petit film d’action humble et honnête comme son personnage principal. Un premier film touchant par le respect absolu qu’il témoigne à son cadre (Hongkong, la Chine en général, les chinois) et à son sujet (le tai chi). A l’image du générique final qui défile sur un très lent panoramique autour de la ville de Hongkong comme un dernier hommage avant de repartir.

Réalisateur : Keanu Reeves

Acteurs : Keanu Reeves, Iko Uwais, Simon Yam, Karen Mok

Durée : 1h45

Date de sortie FR : 30-04-2014
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 01 Mai 2014

AUTEUR
Grégory Audermatte
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