Critique de film
Mandela : Un Long Chemin vers la Liberté

C’est à une Afrique du Sud sous le feu des projecteurs que nous avons affaire. Le décès de Nelson Mandela d’une part, et la présence au mois de décembre sur nos écrans de Zulu de Jérôme Salle ainsi que de Mandela Un Long Chemin vers la Liberté de Justin Chadwick. En s’essayant au biopic du leader sud-africain, ce dernier s’attaque à un pari très ambitieux a priori, résolument trop ambitieux a posteriori. Justin Chadwick tente d’adapter, et surtout de condenser, en 2h25 le récit autobiographique que Mandela a écrit au cours de ses années d’incarcération. On ne peut pour autant reprocher à ce film d’être aujourd’hui la proposition la plus complète sur la vie du père de la nation arc-en-ciel, depuis ses débuts en tant qu’avocat jusqu’à son élection en 1994, en passant par une approche pertinente de l’influence et de l’évolution de sa relation avec Winnie Mandela.

Le film aurait pourtant pu être une belle promesse. Le jeu d’Idris Elba est excellent, et rend aux paroles et aux discours de Madiba toute leur résonance. C’est le cas de sa célèbre plaidoirie lors de son procès, d’autant plus captivante que la caméra ne lâche pas le regard grave et déterminé d’Idris Elba lorsqu’il révèle avec force ce qui marquera l’acte d’engagement absolu de Nelson Mandela pour les siens : «J’ai dédié ma vie à la lutte pour le peuple africain. J’ai combattu la domination blanche et j’ai combattu la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société démocratique et libre dans laquelle tous vivraient ensemble, dans l’harmonie avec d’égales opportunités ? C’est un idéal que j’espère atteindre et pour lequel j’espère vivre. Mais, si besoin, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir ». L’homme s’élève, et l’utilisation de la contre-plongée aux moments forts et décisifs du film est un procédé qui prend ici tout son sens.

Une belle promesse également par la splendeur des paysages et l’immensité de la nature que les travelling aériens ont permis de révéler. L’Afrique du Sud est lumineuse, belle, complexe, traditionnelle, sauvage, ce que le réalisateur de Deux sœurs pour un roi a su filmer comme pour la scène traditionnelle de passage à l’âge adulte chez les tribus Xhosa. La lumière est éblouissante, chaude, les rayons du soleil à l’aube comme au crépuscule illuminent les passages clefs du film.

Or, pour réussir un biopic, il ne suffit pas de filmer de beaux paysages, de porter à l’écran de bons acteurs déclamant de beaux discours. Il faut pouvoir percevoir ce qui fait la singularité de l’homme et de son pays, essayer de se rapprocher au plus près de ce qui fait leur spécificité. Et c’est là que tout retombe. Justin Chadwick nous dépeint un portrait américano-centré de Mandela et de son pays, un film ponctué de scènes d’actions à la hollywoodienne à l’instar de la course poursuite ; un film empreint de flash-back feutrés et nostalgiques de son enfance ou de Winnie, et dont le recours récurrent à des plans américains n’aide pas à élargir la vision de tout ce qui se passe autour de l’homme. Coup fatal de la scène finale qui se construit en réponse à l’incipit et nous assomme de ses grandes vérités générales, soulignée par la TRES originale symbolique du chemin parcouru dans un décor de nature sauvage et suprême. En somme, une approche et un cadre de fin relativement similaires à ceux proposés par Zulu deux semaines plus tôt.

On regrettera enfin l’éviction de certains grands moments historiques, pourtant essentiels à la compréhension de la construction révolutionnaire et identitaire tant de l’ex-président que du peuple sud-africain. Nous sautons des décennies sans vraiment expliciter le rôle des autres grandes figures centrales du pays comme Thabo Mbeki ou Steve Biko. La libération de Nelson Mandela n’est traitée que sous l’angle de négociations diplomatiques internes, alors même que la communauté internationale prend part au combat dans un contexte de fin de guerre froide : l’ONU vote l’état d’urgence en 1985, les USA imposent un embargo commercial, chute du mur de Berlin…

Ce survol historique est d’autant plus regrettable que le film parvient à reprendre son souffle à partir du moment où Mandela rentre à Robben Island. Le rythme s’accélère sur les scènes de révoltes, d’autant plus marquantes qu’elles arrivent en alternance aux plans carcéraux, lents et calmes des 27 années d’emprisonnement de Mandela. L’insertion d’archives historiques, l’arrêt sur image des scènes de violences, la musique africaine vive, tout cela contribue enfin à dynamiser le film.

Pourquoi alors si peu de place dans la représentation de l’Apartheid ? Comble pour un film qui traite de la vie de Mandela d’utiliser si peu ce mot au cours des 2h25 de projection. Malgré des qualités esthétiques certaines, le film ne rend pas honneur à la grandeur de l’homme qu’il porte en héros, et les images aussi lumineuses soient-elles, illustrent un film en demi-teinte. 

 

Durée : 02h20

Date de sortie FR : 18-12-2013
Date de sortie BE : 18-12-2013
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Florent
22 Décembre 2013 à 18h37

Une première critique appelle un premier commentaire, pas si critique. Bravo Claire. Je lirai ta prose avec attention.
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Critique mise en ligne le 20 Décembre 2013

AUTEUR
Claire Demoulin
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Le cinéma exerce sur moi ce pouvoir de substituer au regard un monde qui s’accorderait à mes d&...
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