Critique de film
Mauvaise fille

Etre seul dans une salle de cinéma, c’est à la fois un immense sentiment de solitude, une sensation d’être privilégié et quelque part peut-être une indication que le film ne reçoit pas un accueil des plus chaleureux. Sera-ce justifié ? Verdict dans une trentaine de lignes…

Ça commence comme souvent par la genèse. Pourquoi Mauvaise fille ? Parce qu’enfance chaotique, parce que prise en main très jeune, maturité forcée, parents rock n’roll, milieu d’artistes sex drogues débauche. Et pourtant, le parallèle avec la jeune fille que l’on nous présente adulte n’est pas des plus évident… D’autant plus que mon regard est attiré et donc perturbé par une femme qui rentre dans la salle alors que le film est commencé. D’habitude, je trouve ça hyper irrespectueux, mais là j’avoue, dans mon for intérieur, que je me sens enfin un peu moins seul.

Contrairement donc à ce qu’on essaye de nous présenter, la jeune femme a l’air d’une stabilité totale (presque chiante). Auteure à succès, en bons termes avec sa mère malgré une rancœur tenace liée à la non-éducation reçue (En même temps, quel jeune adulte n’a pas de contentieux moral et injuste avec ses parents ?), en bons termes avec sa rock star de père (Bob Geldof dans un rôle de composition), amoureuse et bien dans son couple avec son mec qui est le boute-en-train de la bande. Mais vraiment, que demande le peuple ? En plus, elle tombe enceinte et est heureuse de l’être. Ah oui ok petit bémol, sa mère, déjà en rémission d’un cancer du sein rechute et entre en phase terminale. Oui c’est vrai, c’est triste ça… D’ailleurs, effondrée de chagrin (ou d’ennui) la seule autre occupante de la salle n’en peut plus et m’abandonne.

Sauf que, malgré la gravité de la situation, ce n’est pas du tout comme ça que ça nous est présenté. Car la tension vient en effet du fait (et ça dure 45 minutes !) que la jeune femme n’arrive pas à dire à sa mère qu’elle est enceinte. Se succèdent donc une kyrielle de scènes où la mère s’enfonce dans la maladie tandis que le ventre de la fille se développe ; le tout parsemé de flashbacks pas vraiment utiles, de discussions en franglais avec Daddy Rock et de demi-engueulades (la vie quoi !) avec son boyfriend parce qu’elle a ses hormones en feu. BREF, rien. Un grand vide de contenu, un peu comme la salle autour de moi, à qui progressivement je donne raison de son absence…

D’autant que les acteurs semblent constamment chercher leur place. La jeune Izia Higelin se bat tout le film durant pour donner du coffre et du gras à son personnage, mais le scénario est d’une telle faiblesse qu’on voudra lui redonner une seconde chance dans un autre registre. Vu sa filiation, on ne peut s’empêcher (alors qu’elle cherche sans doute à s’en éloigner) de voir un parallèle entre son chanteur de père et Bob Geldof à qui on demande de jouer une rock star et qui sans surprise (donc intérêt) joue la rock star. Son mec est interprété par Arthur Dupont (aperçu dans pas mal de films ces temps-ci dont le sympathique Mobile Home)  et s’en sort avec les honneurs, mais on aimerait lui aussi le revoir dans un vrai rôle à trippes pour le sortir du cliché de jeune mec aux beaux yeux plein de cheveux. Par contre, ce qui enfonce encore un peu plus le clou et l’impression assez mauvaise que l’on a du film, c’est la prestation désastreuse de Carole Bouquet. Elle est vraiment complètement à côté de ses pompes, bafouille tous les 3 mots, joue à peu près tout faux, bref erre à mille lieues de son aura d’antan…

C’est donc un film sans rythme, sans feu, sans relief, avec de la tauromachie, avec de mauvais seconds rôles, avec de piètres figurants, avec une scène d’enterrement glauque, avec des scènes d’hystérie inutiles, avec des gens qui fument sans cesse pour se donner un genre, qui se forcent à rire très fort sur des sujets très graves, à être drôles à l’excès dans des fêtes fake et surtout c’est un film sans… spectateur.

En plus, j’aime pas Bob Geldof.

Et comme j’étais tout seul dans la salle (non je ne me suis pas mis tout nu, je vous vois venir…) j’ai même essayé de regarder le film avec des lunettes 3D qui trainaient dans ma veste. Je les ai gardées tout le film pour lui donner une dimension. Mais même ça ça n’a pas fonctionné. Bref, la bulle s’impose… 

Durée : 1h48

Date de sortie FR : 28-11-2012
Date de sortie BE : 28-11-2012
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amblanco
16 Mars 2013 à 22h43

Déçue ! déçue de ne pas avoir aimé ce film, déçue d'être d'accord avec votre critique, pourtant si juste... je suis allée voir ce film sans a priori , sans en avoir lu de critiques-j'aime me faire mon avis...mais, bon : c'était vraiment trop décousu;pas d'émotions-je n'ai même pas eu la larme à l'oeil,moi qui pleure pour un rien ... Déçue quoi...

Harsch Robin
10 Décembre 2012 à 19h43

TELLEMENT d'accord sur tous les points avec cette critique !! Je viens de le voir et vous m'ôtez les mots de la bouche !

Harsch Robin
10 Décembre 2012 à 19h39

TELLEMENT d'accord sur tous les points avec cette critique !! Je viens de le voir et vous m'ôtez les mots de la bouche !
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Critique mise en ligne le 04 Décembre 2012

AUTEUR
Alexandre Janvier
[67] articles publiés

Rédacteur en chasse perpétuelle de nouvelles émotions cinématographiques, de grandes p...
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