Critique de film
Mea Culpa

Pied au plancher, le nouveau film de Fred Cavayé débarque dans les salles avec  l’ambition  de repousser un peu plus les frontières du cinéma de genre à la française. Savant dosage entre l’émotion de Pour Elle et l’action survitaminée d’A bout portant, Mea Culpa  s’impose comme un modèle de cinéma ludique, inventif et viscéral.

Après avoir joué avec brio la carte de l’homme ordinaire transformé en «  action hero », Fred Cavayé et son fidèle scénariste Gilles Lemans inscrivent ce troisième long métrage dans le cadre du film policier « harboiled », centré sur la relation entre deux flics durs à cuire, incarnés par Vincent Lindon et Gilles Lellouche. Le film s’ouvre sur le quotidien de Simon (Vincent Lindon), flic déchu et à la dérive devenu convoyeur de fond à la suite d’un accident de la route meurtrier. Cavayé et Lemans prennent le temps d’installer le décor, entre meurtres commandités par la mafia et évocation de la vie de famille révolue de Simon ou de son amitié avec son ancien collègue Franck (Gilles Lellouche), flic solitaire aux méthodes expéditives. L’action se fait attendre mais l’écriture ciselée et sans fioriture du duo fait passer la pilule tout en préparant au tragique dénouement et à une réflexion touchante sur l’amitié et les faux semblants.

A l’image de Pour elle et A bout portant, le scénario de Mea Culpa repose sur un élément déclencheur fort, ici amorcé lorsque le fils de Simon, Théo (Max Baissette de Malglaive) assiste à un meurtre lors d’une corrida. Au diapason du scénario la réalisation effectue alors un virage opératique et enchaîne courses poursuites et fusillades sans perdre de vue les enjeux humains qui conditionnent le parcours des personnages. A l’heure où le cinéma américain s’enlise dans  des franchises  sous stéroïdes et où l’action est réduite à sa seule pyrotechnie, Fred Cavayé investit le genre d’une profondeur psychologique et humaine qui s’épanouit dans l’action. Epaulée par une très belle photographie expressionniste du chef opérateur Danny Elsen, la mise en scène magnifie la dimension iconique des personnages, à l’instar de ce tueur masqué dont l’imagerie sadique emprunte tant au cinéma populaire transalpin des années 70 qu’au conte cruel pour enfant.

Moins réaliste et plus organique que celui de ces deux premiers longs métrages, l’éclairage confère une dimension symbolique et bouleversante à cette double histoire de rédemption. Cavayé manie, avec une vraie maestria, action et émotion pour raconter en creux la longue descente aux enfers de ces deux policiers. Sans le verbiage ampoulé propre à nos productions nationales, Mea Culpa réussit le pari insensé d’émouvoir par la grâce d’un regard et la façon sublime avec laquelle la caméra de Cavayé capte l'oeil émerveillé du fils de Simon sur son père transformé en héros de cinéma (une scène qui fait écho au final bouleversant d’Incassable de M. Night Shyamalan). 

Plus habité que jamais, Vincent Lindon délivre une des plus belles prestations de sa carrière. Prêt à tout pour protéger son fils, l’interprète de Pour Elle et La Crise manie le six coups et le bourre-pif avec une intensité peu commune dans le cinéma d’action contemporain. Comme à l’accoutumée, l’ensemble de la distribution est solide, d’un Gilles Lellouche faussement en retrait à une Nadine Lakabi solaire et maternelle, sans oublier le reste des seconds rôles.

Erigé en nouveau maître du polar à la française, Fred Cavayé confirme avec Mea Culpa que le cinéma de genre hexagonal a encore de belles heures devant lui. Au pays de Verneuil et Melville cela fait rudement plaisir.

Durée : 01h30

Date de sortie FR : 05-02-2014
Date de sortie BE : 12-02-2014
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Critique mise en ligne le 03 Février 2014

AUTEUR
Manuel Haas
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