Critique de film
Memories of Murder

Dans le mutisme des sombres villages sud-coréens, bien loin des capitales, s’étalent pluie, sang et morceaux de pèche.

Le long des champs, les corps s’accumulent. Entre deux pluies, entre deux meurtres, la peur grandit au sein d’une bourgade sclérosée. Une unité spéciale de police aux méthodes archaïques est alors attachée à une enquête bien trop importante pour elle. Le manque de preuves et l’abondance de suspects les plongeront rapidement dans le doute et dans l’horreur grandissante d’un peuple incapable de se protéger du mal qui le ronge.

Découvrir Memories of Murder aujourd’hui, c’est se plonger dans l’abject et l’absurde d’une certaine ruralité sud-coréenne. C’est regarder souffrir non pas les victimes au sens commun du meurtre mais les proies d’un climat de violence et d’incompétence. Les limiers. Crétins amusés par leur condition, puis animalisés par leur incapacité à faire avancer leur enquête. Flicaille locale pourrie dont l’orgueil meurtri suite à l’arrivée d’un détective de Séoul ne prouvera qu’une chose : le ridicule ne tue pas, ou pas ceux que l’on croit.

Si le cinéma coréen se teinte régulièrement du seul pessimisme capable de rivaliser avec la noirceur de ses propos, Bong Joon-Ho apporte à ses films la lumière indispensable aux contrastes qui l’intéressent. Loin du mythe anxiogène, la clarté viendra se confronter aux ombres naissantes de la forme. Et Bong Joon-Ho d’apporter la dérision et la naïveté pour surnager les fleuves de sang et de pétrole. L’équité n’aura pour prix que le deuil des victimes et la capacité des enquêteurs à s’entraider. Défaits de leurs méthodes et de leurs différences, ils n’auront de choix que de porter ensemble la tristesse d’une recherche impossible pour le restant de leurs vies.

C’est beau, pas toujours, souvent pathétique, risible. C’est surtout du sacré cinéma. Du filmmaking de haut vol, à faire trembler les tympans au rythme d’un montage haletant. Un polar incongru qui s’en cache, sans bout de gras, sans temps morts. Un film qui laissera ses secrets à arracher au cœur des chairs trop cuites, trop abîmées, de ses hérauts d’un état en décomposition.

Les corps barbouillés de nectars et de cicatrices, les héros dansent avec leur temps, avec les malédictions qu’il impose et confrontent leurs cultures au pied d’une dictature qui divise. Dans une oblique parallèle, ils tentent d’avancer vers un vide commun, vers l’irrationnel d’un combat contre le mal, contre un diable parmi tant d’autres. 

Durée : 2h10

Date de sortie FR : 05-07-2017
Date de sortie BE : 23-06-2004
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 30 Octobre 2013

AUTEUR
Lucien Halflants
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Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de perce...
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