Critique de film
Mission Impossible : Rogue Nation

Franchise(s)

Tom Cruise ne rallie pas tous les suffrages. Mais en tant que businessman, il faut avouer que l’homme a de la suite dans les idées. Depuis La Guerre des mondes version Steven Spielberg (2005) et malgré quelques films recommandables, Tom Cruise ne tutoie plus les sommets du box-office. Hormis (et l’exception est de taille) avec chacun des opus de «sa» franchise: la série des Mission : Impossible qu’il produit avec son ex-agent Paula Wagner depuis le premier épisode en 1996. Pour écrire et réaliser ce cinquième volet, l’acteur-producteur a fait appel aux services de Christopher Mc Quarrie, qui signa jadis le script de The Usual Suspects. Les deux hommes se connaissent, ayant dernièrement échoué à lancer une nouvelle franchise avec Jack Reacher (2012) et son héros plus proche du common man que ce Ethan Hunt qui atteint dans Rogue nation une forme d’invincibilité qui le rapproche dangereusement du divin.

Aventures exotiques

Alors que le boss de la C.I.A. (Alec Baldwin) dissout les trop peu orthodoxes I.M.F. (Impossible Mission Force), l’agent Ethan Hunt (Tom Cruise, donc) résiste en solo afin de prouver l’existence du « Syndicat », un groupe de bad-guys composé d’espions internationaux portés disparus. Toujours aussi athlétique que globe-trotter, Ethan Hunt prend ses jambes à son cou dans des tas d’endroits sympathiques (Minsk, Vienne, Cuba, Londres, Casablanca…) où le rejoignent quelques figures connues: Benji (Simon Pegg), Luther (Ving Rhames) ou Brandt (Jeremy Renner). Le quota féminin est assuré par une nouvelle venue, Ilsa Faust (Rebecca Ferguson) dont l’agent Hunt hésite à déterminer pour qui elle roule.

Soleil et satellites

Retour sur la première adaptation de la série des Mission : Impossible au cinéma, signée Brian De Palma: le film de 1996 commence dans un appartement, autour d’une équipe menée par le personnage de Jim Phelps (Jon Voight), déjà héros de la série télévisée. Après quelques bobines, l’équipe implose pour recentrer l’intrigue autour d’une figure unique, inédite à la télévision: Ethan Hunt (Tom Cruise). Dans la deuxième moitié du film, notre nouveau héros compose une autre équipe, dont certains membres font double jeu, Ethan Hunt restant la seule accroche fiable du spectateur. Coup de maître de production, d’écriture, de réalisation et d’interprétation, Mission : Impossible au cinéma devient indissociable de Tom Cruise/Ethan Hunt, les autres acteurs/personnages relayés au rang de satellites interchangeables. Aujourd’hui, c’est justement en jouant avec cette figure du film d’équipe, dont les membres gravitent autour du soleil Ethan Hunt, que Christopher Mc Quarrie réussit son épisode, alternant avec joie solos, duos, trios, quintettes et sextuors, composant, décomposant et recomposant ses équipes au fil des (trop) nombreuses scènes qui jalonnent son récit.

Action-Hero

Le prologue de cet épisode est aussi réussi que représentatif. Les « satellites » nous sont présentés un par un: d’abord Benji le bavard rigolo (Simon Pegg) puis Luther le bon pote impassible (Ving Rhames) et enfin Brandt (pauvre Jeremy Renner au personnage mal défini). Aux quatre coins du monde, ils communiquent pourtant. Le dialogue monte en rythme, posant la question: « Où est Hunt ? ». La réponse ne tarde pas : les premiers plans mettant en scène le héros jouent la carte de l’iconisation à outrance. Un travelling latéral en silhouette (qui sera repris au générique de fin) épingle Ethan Hunt comme « l’espion qui court », comme James Bond est pour toujours « l’espion qui tire dans l’objectif ». Suit alors la fameuse scène de l’avion vue dans la bande-annonce. En quelques minutes, Ethan Hunt est incontestablement un action-hero majeur du cinéma contemporain.

Action-Movie

De manière générale, la première partie de Mission : Impossible – Rogue Nation est  plutôt réussie. Morceau de bravoure de ce début de film, une scène à l’opéra de Vienne pose le style qui sera adopté pour l’ensemble du film. Sans toutefois atteindre les niveaux stratosphériques d’un Brian De Palma ou d’un Alfred Hitchcock (auquel il fait clairement référence), Christopher Mc Quarrie y déploie un sens minutieux de la mise en scène de l’espace, orchestrant un jeu de chat et de souris jouissif suivi d’une bagarre découpée avec clarté et élégance. À l’ordre de l’entièreté de ce Mission : Impossible, cette mise en scène rigoureuse de l’action laisse l’agréable sensation, quelques mois après Mad Max Fury Road, que l’ère du mitraillage épileptique de plans trop courts pour être vus, des abus de longues focales et de shaky-cam (dont l’opus troisième de la série, signé J.J. Abrams, souffrait un peu) semble définitivement révolue. 

Cahier de charges

Avec son prologue percutant, ses poursuites et autres bastonnades, Mission : Impossible – Rogue Nation respecte à la lettre le cahier de charges minuté du blockbuster estival. Sans doute trop. Etirant démesurément son intrigue pour atteindre la barre des 130 minutes, le film accuse un sérieux essoufflement dans sa deuxième moitié. La faute à un scénario à deux vitesses, qui alterne constamment exposition et action. Conscient du problème, Christopher Mc Quarrie, réalisateur appliqué mais sans génie, se sort difficilement de mises en places souvent longues et laborieuses. À ce titre, la préparation du cambriolage marocain reste calamiteuse malgré la volonté de dynamiser le tout par un système de montage parallèle. Si  ce type de tentative cache-misère est diversement inspiré, l’effort de faire avaler la pilule par des moyens purement cinématographiques est bien là (contrairement à l’indigence d’un Avengers 2 plus tôt cet été).

Ludique

À l’heure de la communication maladive et de la boulimie d’information, un film d’espionnage intelligent reste à faire, Mission : Impossible – Rogue Nation omet soigneusement de traiter une thématique valable, ce qui l’élèverait au-delà du stade de divertissement soigné. Malgré cela, cet épisode tient le coup grâce à un scénario joueur, qui s’amuse avec la surpuissance de son héros et développe de savoureuses variations autour du motif du film d’équipe. En utilisant Ethan Hunt comme bouclier humain (équipe par deux) ou en transformant un face à face dans une gare en conciliabule (équipe par cinq), Christopher Mc Quarrie pimente agréablement un film qui, encore une fois, ne dépasse jamais la carte postale oubliable, interchangeable avec les épisodes 2, 3 ou 4 de la série.

Durée : 2h12

Date de sortie FR : 12-08-2015
Date de sortie BE : 05-08-2015
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Mathieu
15 Août 2015 à 21h12

Si il connait une petite baisse de régime dans la deuxième partie, ce 5e MISSION:IMPOSSIBLE soutient le suspense et ne cède pas au style frénétique (conme mentionné dans la critique) et orchestre des morceaux de bravoure jouissifs. Et enfin un rôle féminin plus étoffé dans la série!
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Critique mise en ligne le 08 Août 2015

AUTEUR
Olivier Grinnaert
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Je fus initié au cinéma dans les années 80 par le gérant d'un vidéo-club pr...
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