Critique de film
Mistress America

Noah Baumbach ne perd pas de temps après While We're young et réalise Mistress America, sans délaisser New-York ni ses questionnements incessants sur le sens de la vie. Le réalisateur sonde alors la jeunesse de Tracy (Lola Kirke), une adolescente blasée plutôt mature du haut de ses dix-huit ans, qui ne rêve que d'intégrer le club d'écriture ultra-fermé de son université. Mais pas seulement. Au fond, Tracy brûle de devenir une vraie new-yorkaise, parfois intellectuelle, parfois socialement incorrecte, mais toujours adulée.

Sa rencontre avec Brooke (Greta Gerwig), sa future demi-soeur, déclenche une renaissance à la fois existentielle et créative chez Tracy. Mistress America, c'est elle et la fascination peut commencer …

Greta Gerwig : New-York au féminin

Après Frances Ha, la jeune comédienne au prénom d'étoile hollywoodienne scénarise une nouvelle fois le film de son compagnon Noah Baumach. Quand Woody Allen filme la bourgeoisie new-yorkaise et Scorsese une mafia italienne exclusivement masculine, Baumach filme sa muse comme une personnification de sa ville natale.

Ici, elle incarne Brooke, l'objet de fascination de Tracy. Tornade bouillonnante que rien n'arrête (en apparence), elle papillonne, sûre d'elle, de projets en projets pour devenir la reine de New-York, avec le changement comme aspiration dominante.

En jouant ce personnage complexe et grossier à la fois, Greta Gerwig se démarque comme la perle du film. Pour cela, la comédienne modère la grâce nonchalante de Frances dans Frances Ha et la mélange à la froideur de la vénéneuse Pegeen dans The Humbling. Presque mégalomane et complètement égocentrique, Brooke se raconte qu'elle est Mistress America, sorte de super héroïne des temps modernes. Mais, loin d'être invincible, ses aspirations finissent toujours par la dépasser.

Au-delà d'une histoire d'amitié qui s'envenime, Noah Baumach filme la folie des grandeurs d'une jeune femme enfant qui veut jouer à la dame et propose une nouvelle version de New-York au féminin à travers la prestation de Greta Gerwig.

Un burlesque délaissé

Mistress America se rêve comédie burlesque : les personnages sont volubiles, les dialogues fusent, la voix de Lola Kirke lit les extraits des nouvelles de Tracy en voix-off et les (rares) séquences silencieuses sont vite comblées par la musique. Au montage à la cadence rapide s'ajoutent ces explosions parlées, rappelant les comédies burlesques pendant lesquelles rien ne semble s'arrêter.

Cette impression, trop palpable, révèle en réalité la retenue regrettable du réalisateur, qui ne lâche prise que pendant les scènes en huis-clos chez Dylan, l'ancien fiancé de Brooke. En effet, les instants les plus pétillants de Mistress America se démarquent pendant ces séquences au parfum théâtral. Les acteurs se mettent à jouer des caricatures et la situation dramatique bascule dans un absurde inattendu et réjouissant. On peut même penser aux comédies de remariage lorsque les couples manquent de peu de se défaire, toujours avec légèreté. Noah Baumach s'amuse (et nous aussi) pendant ces scènes bourdonnantes et efficaces mais fait l'erreur de tamiser son burlesque, qui n'apparaît alors qu'en demi-teinte.

Comme il semble impossible de parler de burlesque sans la mentionner, notons que Greta Gerwig est ici une comédie (humaine) à elle-seule : une girouette contradictoire, un quiproquo en chair et en os, une entité qui sonne presque faux, à l'image du film entier.

Fausses notes

Le dynamisme du film ne parvient pas à détruire son aspect factice. Un aspect qui s'avère déroutant dans une comédie de la sorte. Tandis que la douceur est simulée, la cruauté joue les gentilles. Le propos de Mistress America s'essaie à plusieurs teintes de façon hésitante, tente plusieurs notes sans réellement trouver la bonne. La dominatrice Brooke ne sort pas assez les crocs, son admiratrice Tracy semble dénuée d'émotion et rien ne s'affirme réellement. La froideur du film annihile la proximité des spectateurs aux personnages : on s'attache presque à Brooke, mais jamais à Tracy dont la trajectoire dramatique laisse légèrement perplexe.

Assurément soigné et faussement burlesque, Mistress America manque de peu le coche, n'en déplaise aux ambitions de Brooke ... 

Alice Carlos

Réalisateur : Noah Baumbach

Acteurs : Greta Gerwig, Lola Kirke, Matthew Shear

Durée : 1h23

Date de sortie FR : 06-01-2016
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 30 Décembre 2015

AUTEUR
Alice Carlos
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