Critique de film
Money Monster

Money Monster c’est le nom d’une émission de télévision qui invite ses téléspectateurs à spéculer sur le cours des actions. Quotidiennement dans un show burlesque à grands renforts de jingles tapageurs, de graphiques épouvantables et de scénettes grotesques, le présentateur vedette Lee Gates (George Clooney) souffle le chaud et le froid sur la finance. Ce qu’il n’avait pas prévu c’est l’inexplicable couac de l’algorithme de la société IBIS qui a fait perdre près de 800 millions à ses actionnaires. Lors d’une émission consacrée au dit crash, Gates est pris en otage par un jeune homme désespéré qui a perdu toutes ses économies en suivant ses conseils. Le preneur d’otage intime l’ordre à la productrice de l’émission (Julia Roberts) de garder l’antenne afin d’obtenir en direct des explications de Gates et du PDG de IBIS qui a disparu des radars depuis le krach. Sinon, il se fera sauter et le personnel de la chaîne avec. Dehors l’Amérique observe le drame à travers l’écran entre détachement et voyeurisme. 

Bon scénar, mise en scène plate

Jodie Foster qui n’en est qu’à son quatrième long métrage se prête à l’exercice de la prise d’otage live avec un certain enthousiasme, il suffit de voir d’entrée de jeu Clooney esquisser quelques pas de hip hop pour s’en rendre compte, ça va swinguer sur le plateau. Le scénario qu’elle a été pioché dans la fameuse black list d’Hollywood est un brûlot à charge, bien écrit et qui ne se prend pas trop au sérieux. Du bon matos en somme. Le propos est violent mais balancé entre cynisme et grotesque,  l’ensemble est équilibré et s’assure la bienveillance du spectateur par rapport au spectacle proposé. Car en matière de mise en scène et de tenue du suspense, Foster échoue.

Money Monster n’est ni oppressant, ni stressant. Il se regarde comme un exercice de style où la principale difficulté tient à jongler entre deux types de prises de vue, celles des caméras de télévision et celles du long métrage. Pour donner de l’ampleur à sa mise en scène étriquée, Jodie Foster use et abuse des images de télévision qui parviennent parfois à donner une profondeur de champ au cadre. Le tout est fluide sans être fascinant ou original.

Roberts la comtesse aux pieds nus, Clooney le bouffon vert

Si elle est un peu pingre dans sa réalisation, Foster dirige par contre ses deux stars avec générosité. Enfin, peut-être se dirigent-elles seules, elles ont du métier et partagent pour la 4e fois l’affiche. Roberts rappelle à qui l’aurait oublié qu’elle est une grande actrice, charismatique et crédible quelque soit la situation. Mais, quand le film annonce une heure au compteur, Clooney qui n'hésitait pas à jouer au bouffon ridicule abandonne inexplicablement le navire. Croit-il vraiment aux intentions de la réalisatrice, ce qui revient à dire qu’il ne croit pas vraiment au film tout court. Et quand les acteurs lâchent le rôle, le film chavire. Si le direct de télévision est censé être risqué et excitant, Money Monster ne parvient pas à coller à cette réalité. George bon sang, stick to the role.

Et puis Money Monster finit par ressembler à un film hollywoodien. Menacé de mort, le présentateur, connard devant l’éternel, devient un chic type et fait copain-copain avec le preneur d’otage hyper hystérisé, le rôle échoue naturellement à un britannique le comédien Jack O’Connell (Les poings contre les murs). Il est établi que les britanniques sont dépositaires de la violence sociale. La directrice de communication d’IBIS choisit la morale à la loyauté professionnelle et sentimentale. La productrice fait preuve d’un courage inouï devant les événements. Le caméraman ne lâche jamais son outil de travail pour rendre compte du drame au risque d'être pulvérisé. La foule envahit les rues, des policiers se démultiplient à l’écran, un hélicoptère survole le ciel. This is America baby ! Rien n’est crédible.

Si Money Monster critique la dérégulation du système financier, l’absence de législation quant à la disparition soudaine des capitaux, il n’est pas à proprement parler un film sur la finance (Money Monster n’est pas Margin Call), ni un exercice de style sur le huis-clos ou la prise d’otages (Money Monster n’est pas A Dog Day Afternoon), il ressemble par contre furieusement à un film indépendant God Bless America qui vitriolait en 2012 et avec panache la vacuité de la télévision américaine. Mais là où God Bless America osait ce que tout spectateur souhaitait sadiquement, une balle au milieu du front du présentateur vedette, Money Monster choisit la facilité, aussi cynique soit-elle.

Durée : 1h39

Date de sortie FR : 12-05-2016
Date de sortie BE : 01-06-2016
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 14 Mai 2016

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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