Critique de film
Monstres Academy

En 2011, Cars 2 a sonné la première fausse note d’une succession inouïe de réussites pour les studios d’animation Pixar. Un mauvais film en seize ans, il fallait bien que ça arrive. En un sens tant mieux, la critique a enfin pu lâcher ce qui lui démangeait les phalanges : on a vu publier des « c’était mieux avant » et autres « Disney a tout fichu par terre » dans toutes les gazettes. L’an dernier, Rebelle n’a qu’à moitié rassuré. Certes, l’héroïne n’est pas franchement disneyenne et d’un strict point de vue technique, le film assoit encore la suprématie de l’équipe du gourou John Lasseter. Mais d’un autre côté, Rebelle souffre de maux inhabituels chez Pixar : soit une chute de rythme dans la deuxième moitié du film et une morale pour le moins académique. Point de nouvel univers cette année avec Monstres Academy, préquelle du Monstres et Compagnie de 2001. Un succès qui, s’il ne figure pas parmi leurs chefs-d’œuvre, a introduit deux personnages populaires de leur bestiaire : le petit cyclope Bob et le grand velu Sulli.

Bien longtemps avant les évènements relatés dans Monstres et Compagnie, Bob Razowski (doublé par Billy Crystal) débarque à la Monstres Academy pour y accomplir son rêve de gosse. Il veut intégrer la prestigieuse filière de la Peur et avoir un jour l’honneur de devenir un des monstres qui récolte les précieux hurlements enfantins. A peine arrivé sur les lieux, Bob croise la route de l’arrogant Sullivan (John Goodman), qui devient son rival. Malheureusement, la terrible doyenne Hardscrabble (Helen Mirren) ne tarde pas à renvoyer nos deux héros de la filière star de l’université. Pour la réintégrer, Bob et Sulli doivent se joindre à une confrérie de soi-disant loosers du campus et remporter tous ensemble les Olympiades de la Peur.

Point de détours : drôle, beau, surprenant et à l’occasion émouvant, Monstres Academy est une éclatante réussite. Les studios Pixar et le réalisateur Dan Scanlon signent un film au scénario brillant, servi par leur incomparable maestria technique et une mise en scène digne de leurs films les plus accomplis.

L’aventure précédente de Bob et Sulli, Monstres et Compagnie, jouait les cartes de la comédie et du buddy movie (du film de copains). Monstres Academy sort le même jeu, en y ajoutant l’atout teen movie, ou plus exactement celui du « film de campus ». Le scénario de Monstres Academy revisite donc un certain nombre de figures imposées : les chambres communes, les professeurs charismatiques (ou pas), les élèves populaires versus les nerds, les désormais célèbres confréries étudiantes et leurs soirées orgiaques. Le film se place donc en terrain connu et pendant les deux premiers tiers, le spectateur anticipe facilement les évènements à venir (les rivaux qui deviennent amis, les olympiades difficiles, l’équipe qui se soude, les premiers succès etc…). Mais là où l’équipe de scénaristes formée par Pixar est très forte, c’est qu’on ne sait jamais comment ces évènements vont arriver. Pour faire passer ces balises connues et anticipées, le scénario regorge de surprises narratives, d’idées visuelles ou de mise en scène. À ce titre, la première épreuve des Olympiades est un sommet d’inventivité et de drôlerie. Monstres Academy, jusqu’à la fin de son deuxième acte soit pendant presque 1h15, déroule un scénario certes convenu dans sa construction mais sur un rythme impeccablement ciselé et avec une invention formelle à toute épreuve.

Cela suffirait à en faire un bon film, mais pas un bon Pixar. C’était sans compter sur le génial dernier acte du film qui prouve à nouveau l’incroyable exigence des dirigeants du studio vedette. Sans en dire trop, Monstres Academy s’achève en feu d’artifices avec une série de rebondissements complètement inattendus. À la surprise générale, même si le film use de thèmes habituels du film pour enfants (l’entraide, l’amitié…), Monstres Academy se clôt sur une morale subtile, intelligente, résolument moderne et anti-disneyenne. Oui, le film de Dan Scanlon va rendre vos enfants plus finauds qu’avant. De quelles grosses machines américaines ou européennes peut-on en dire autant ?

Il y a plusieurs rythmes dans un film et Monstres Academy les maîtrise tous. Non seulement le rythme du scénario, un grand huit d’émotions, avec des montées et des descentes, des reprises de souffle avant de repartir de plus belle. Mais aussi le pur rythme de la mise en scène, des actions, des personnages, des gags, des mouvements organisés dans un même plan, dans une même séquence. Et bien sûr le rythme du montage, parfaitement adapté et pensé pour la 3D. Toujours inventif, le découpage de Dan Scanlon ne fait pourtant jamais d’esbroufe. Le réalisateur installe ses plans dans la durée et ne recourt jamais à un montage épileptique si inadapté au relief. Le travail de réalisation reste toujours intelligent, pondéré, maîtrisé, classique dans le bon sens, classe tout simplement.

C’est un pléonasme, mais sur le plan technique la nouvelle production Pixar est virtuose. Les designs des personnages sont tous plus fouillés les uns que les autres et le travail d’animation les rend merveilleusement expressifs. Les couleurs, les textures et les effets de lumière sont autant de travaux d’orfèvre. Si l’essentiel de Monstres Academy se déroule dans un univers fantasmatique, une séquence nocturne placée dans un univers réaliste atteint des sommets en termes de photoréalisme dans le cinéma d’animation. Par un tour de passe-passe visuel et scénaristique, les personnages de Mike et Sulli, aux designs si acidulés, s’intègrent parfaitement dans ce décor réaliste pour nous y faire vivre le climax émotionnel du film.

Si Monstres Academy est incroyablement réjouissant, il y aura des grincheux pour dire qu’il est moins drôle que Les Indestructibles, moins émouvant que Là-Haut ou moins ambitieux que Wall-E. On ne pourra leur donner tort. Mais le buddy movie de Dan Scanlon ne boxe simplement pas dans la même catégorie. Pour Pixar, Monstres Academy est le film parfait pour relancer leur belle machinerie et la faire tourner à plein régime. À l’aise dans un univers déjà apprivoisé, cette nouvelle production prouve que les Californiens tiennent toujours le haut du pavé en matière d’animation, d’inventivité et surtout de script-writing. Toujours branchée, la petite lampe de bureau reste l’éclaireur du cinéma d’animation. Elle a une santé de fer et d’autres chefs-d’œuvre sont à venir.

Réalisateur : Dan Scanlon

Acteurs : Billy Crystal, John Goodman, Helen Mirren

Durée : 1h44

Date de sortie FR : 10-07-2013
Date de sortie BE : 10-07-2013
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 21 Juin 2013

AUTEUR
Olivier Grinnaert
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Je fus initié au cinéma dans les années 80 par le gérant d'un vidéo-club pr...
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