Critique de film
National Gallery

Quelques mois après la sortie de l'immense (par la durée et la qualité) At Berkeley, les spectateurs français ont l'occasion de découvrir en salles un nouveau film du documentariste américain Frederick Wiseman : National Gallery. Film qui comme son titre l'indique, s'intéresse à l'un des plus prestigieux musées londoniens. Le cinéaste y décline ce qui fait la force et la richesse de son œuvre, à travers l'exploration minutieuse des moindres recoins de ce grand lieu d'art et d'histoire de la capitale britannique. Wiseman pose sa caméra dans les bureaux, salles d'expositions et autres ateliers de restauration du musée, et en trois heures de temps, nous fait le portrait de cette institution culturelle à travers les actes et les paroles de ceux qui la font vivre au quotidien.

Chez Wiseman, ce n’est pas seulement le sujet filmé qui suffit à accoucher d’un grand film. Que ce soit une salle de boxe (Boxing Gym), une usine de sardines (l’inédit Belfast, Maine), ou bien ici un grand musée : l’important réside dans la mise en place d’un dispositif documentaire qui fait respirer aussi bien le spectateur que « l’acteur ». Se tenant toujours aussi bien éloigné des dispositifs documentaires traditionnels (aux Etats-Unis qui plus est, l’interview est reine même dans le documentaire dit « indépendant »), Wiseman filme en longs plan-séquences les employés, restaurateurs et médiateurs de la National Gallery en plein travail : réunion budgétaire, médiation auprès de groupes, restauration d’une œuvre ou d’un cadre… C’est là le sens premier du travail de Wiseman que de laisser le temps au spectateur de découvrir comment fonctionne une institution, peu importe sa nature.

S’ajoute ici toutefois une nouveauté dans la façon de filmer du cinéaste. Alors que les médiateurs expliquent une œuvre à travers certains détails, Wiseman n’hésite pas à faire des inserts sur les morceaux de toile concernés, si bien que le spectateur du film se retrouve dans la position du visiteur du musée, c’est-à-dire face à une extraordinaire leçon d’histoire de l’art. Ces ruptures dans le montage ne gênent toutefois en rien la lecture du film, et le rendent même pour ainsi dire plus facile à suivre. Ils permettent de resituer au centre du documentaire l’œuvre d’art comme point de départ à tous les agissements des hommes et femmes qui gravitent autour. Ainsi que comme le point de départ du film lui-même, qui ne montre rien d’autre que la passion que portent ces employés pour les œuvres qu’ils côtoient tous les jours.

Seul bémol toutefois : National Gallery se révèle un peu long dans sa dernière heure, quand Wiseman systématise un peu trop les allers-retours entre les médiateurs et les restaurateurs, « oubliant » (volontairement ou pas) les aspects administratifs et pédagogiques que l’on voit finalement assez peu, mais qui demeurent tout aussi intéressants (doit-on permettre à une course de charité d’utiliser le Musée comme point d’arrivée ?). Comme si toutes ces somptueuses toiles devaient dicter la marche à suivre du film. Si bien que les 3h de National Gallery paraissent plus longues que les plus de 4h de At Berkeley, bien que la « visite » soit toutefois largement et hautement recommandable, comme toujours avec Wiseman.

Réalisateur : Frederick Wiseman

Acteurs : (Indisponible)

Durée : 2h53

Date de sortie FR : 08-10-2014
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 20 Septembre 2014

AUTEUR
Jérémy Martin
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