Critique de film
No Land's Song

Pour que les voix des femmes ne meurent jamais, qu’on ne les oublie pas, nostalgie d’une mélopée triste dont on fredonnerait le chant sans s’en souvenir, il faut parfois se battre, ne pas courber l’échine, soutenir le regard et lutter contre les lois qu’on nous impose. L’impensable est parfois la règle. Sur notre terre de désespoir où l’on tue, incarcère, viole et humilie, où l’on méprise la vie jusque dans ses petits refrains aigus et si charmants, plus rien ne devrait nous surprendre. Et pourtant les libertés sont poursuivies jusque dans leurs refuges les plus naturels, on est par exemple capables au nom des textes, de leur interprétation et de la soif de pouvoir d’interdire aux femmes de chanter en public et en solo. La voix serait ensorcelante, on veut peut le penser quand on écoute celle d’Emel Mathlouthi, elle est capable de nous ouvrir le cœur en deux notes. Mais c’est croire à des mythes que d’imaginer que les hommes puissent perdre le contrôle de leurs pulsions en entendant un chant de sirène soit-il. Ah si ça pouvait être vrai, alors on réunirait toutes les chanteuses du monde pour qu’elles dirigent leurs notes en un cri foudroyant et le concentre vers les castrateurs, les percepteurs, les moralisateurs, les bourreaux et nous attire cette engeance au fond de l’océan, pour qu’elle y crève en silence.

La voix douce des femmes exciterait les sens des hommes, elle les chamboulerait, perturberait leurs défenses, délivrerait leur loup sauvage et cannibale. Les femmes seraient responsables de la fragilité de ces carnassiers, de leur soif de sexe et de violence. Comme c’est confortable de penser qu’elles auraient le sort des hommes entre leurs cordes. Depuis la révolution islamique de 1979, les iraniennes n’ont plus le droit de chanter en solistes devant un public mixte. Les plus anciennes chanteuses se souviennent de ce temps où elles chantaient non voilées dans des théâtres à ciel ouvert. Aujourd’hui leurs voix doivent se mêler à celles des hommes ou se confondre dans un chœur pour exister. Bientôt on leur interdira de parler sauf pour endormir les enfants. Sara Najafi, compositrice et sœur du réalisateur de ce doc, a décidé de réunir des chanteuses, tunisienne, françaises, iraniennes et d’organiser un concert pour contrer la censure. Le documentaire, qui lui n’a rien de révolutionnaire formellement mais ce n’est certainement pas là son ambition, accompagne tout le processus, d’espoirs en découragements et fait de cette manifestation culturelle un acte politique engagé et courageux. On sort de la séance ému aux larmes, l’irrépressible envie de chanter haut et fort. 

Durée : 1h31

Date de sortie FR : 16-03-2016
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 16 Mars 2016

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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