Critique de film
Noces

Trois ans après Le monde nous appartient , le réalisateur belge Stephan Streker frappe fort en ce début d’année avec un film puissant et singulier. L’histoire de Zahira, jeune belgo-pakistanaise tiraillée entre les traditions de sa famille qui l’oblige à épouser un pakistanais vivant au Pakistan et son mode de vie d’adolescente occidentale qui aspire à la liberté.

La force de Noces est assurément de traiter ce fait divers sordide comme une véritable tragédie grecque. Ce qui rend la tragédie possible, c’est que les personnages s’aiment tous, réellement et sincèrement et que chacun, bourreau(x) comme victime(s) vit un effroyable drame intérieur. Ils s ‘aiment donc souffrent, lessivés par une machine infernale bien trop forte pour eux : le poids de l’honneur et des traditions.

Le coeur a ses raisons

L’intelligence de Stephan Streker est résumée dans le regard qu’il porte sur ses personnages : on sent l’amour et la fascination du cinéaste pour les protagonistes, jamais pointé du doigt ni filmé avec condescendance ou mépris. Car s’ils peuvent paraître monstrueux ou inhumains, il n’est pas question de les juger ou de les condamner, mais bien de les regarder dans les yeux, d’humain à humain, et de poser des questions. En agissant ainsi, le cinéaste fait sienne la magnifique phrase de Jean Renoir « Ce qui est terrible sur cette terre, c’est que tout le monde a ses raisons ». Zahira, elle, est justement écartelée entre la passion et la raison, et face à ce dilemme cornélien, elle choisit de résister. Elle refuse le destin tracé par son père et devient un exemple, une Antigone moderne, une héroïne extra-ordinaire, une héroïne de tragédie. Elle est l’élément central du récit et la mise en scène épouse le point de vue de Zahira, à l’image de cette première scène où inquiète, elle questionne des médecins : la caméra est uniquement sur elle, sur ses yeux pleins de vie, sur sa bouche tendue, et jamais le cinéaste ne libère le spectateur par un champs/contre-champs traditionnel. Cette façon de suivre son personnage se reflète sur le film. Chaque plan semble touché par la grâce de la jeune femme et par son innocence, ce qui donne au film, en dépit du sujet, un caractère optimiste et naïf. C’est là toute la beauté de l’adolescence et de Zahira : une envie de croire en des jours meilleurs.

Portrait de femme

Contrairement à son précédent film, où la forme prenait parfois le pas sur le fond, Stephan Streker choisit ici la sobriété, l’humilité, et le film n’en ressort que grandit. Par exemple, aucune musique extradiégétique ne viendra illustrer le propos. Si la musique intervient, c’est dans un geste de cinéma, uniquement pour servir et dynamiser l’action, comme lorsque de la musique pakistanaise écoutée dans un casque déborde dans l’image et vient rythmer la fuite de Zahira dans les rues de la ville. La ville justement, n’est jamais citée, et n’est jamais l’objet de référence explicite. Pour cause, ça pourrait être partout, dans n’importe quelle ville occidentale, car il existe des Zahira dans toutes les villes d’Europe.

Ce qui est remarquable, c’est que la sobriété du film n’annule pas l’inventivité. Il est parsemé de gestes subtils, de plans astucieux (travelling quand Zahira court vers l’école) et l’esthétique est soignée. Les couleurs rouges et ocres ressortent à merveille –voyez l’affiche - et le montage est organique, les scènes s’agencent avec une grande fluidité. Les acteurs sont tous impeccables, Sébastien Houbani est troublant en grand frère déchiré et Lina El Arabi rayonne. Elle est vibrante d’humanité, de force contenue et de délicatesse. Elle est pleine d’énergie, de pulsions de vie qui font plaisir à voir dans les moments d’espoir, et se vide littéralement de sa substance quand elle rencontre son potentiel mari sur internet. Il faut voir ses yeux devant l’écran pour saisir l’ampleur de la douleur. Qu’une femme ait cette place dans un film s’inscrit dans la lignée des très beaux Aquarius et Elle et augure le meilleur pour les actrices en 2017.

En contrepoint de scènes électriques, l’humour agit comme un catalyseur qui soulage le spectateur et fait respirer le film. Humour noir ou plutôt jaune, fait de petites phrases disséminées ça et là dans le film et qui permettent de saisir l’horreur et l’absurde des situations. C’est la mère qui dit « Ici tu peux choisir » en parlant des trois amants sélectionnés que Zahira rencontrera sur internet, une copine qui parle d’un des prétendants comme d’un « Freddie Mercury » pakistanais ou bien d’autres encore. Cela peut sembler anecdotique, mais ce sont ces petites touches de légèreté qui donnent au film une dimension plus réelle et plus humaine. Car si c’est un film social, dur et cruel, c’est un film bien vivant à l’énergie vitale, ce qui manque aux derniers films des frères Dardennes, à l’énergie mortifère. C’est ce caractère humaniste et l’empathie que l’on a pour Zahira qui en font un film coup de poing, un choc émotionnel qui fait du bien et qui risque de résonner encore longtemps dans nos tripes et nos coeurs.

Julien Rombaux

Durée : 01h38

Date de sortie FR : 22-02-2017
Date de sortie BE : 08-03-2017
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :

Abinuzup
11 Mai 2017 à 11h36

pantoprazole and domperidone capsules over the counter equivalent to domperidone-penria35.tumblr.com side effects of taking domperidone long term geomp

Akuhizos
05 Mai 2017 à 18h32

rabeprazole and domperidone tablets generic name for domperidone-penria35.tumblr.com can you drink alcohol while on domperidone geomy

Awohoraa
05 Mai 2017 à 00h09

domperidone syrup for kids how to buy domperidone for breastfeeding-penria35.tumblr.com domperidone breastfeeding dr jack newman geomt

Asohiyabew
15 Avril 2017 à 19h28

bpp domperidone 10mg brand name does domperidone cause bloating did domperidone work for your baby
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 22 Février 2017

AUTEUR
Julien Rombaux
[7] articles publiés

Bercé par les films de gangsters du grand frère, et par les épopées romantiques de la s&oe...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES