Critique de film
Nos pires voisins

Avec Sans Sarah, rien ne va  et Cinq ans de Réflexion, Nicholas Stoller s’est imposé comme le disciple le plus talentueux de l’écurie Apatow. Ces sublimes comédies romantiques, co-écrites avec Jason Segel, trouvent leur force comique dans l’exploration des sentiments amoureux, bien souvent contrariés et malmenés. Comme dans les films de son mentor, l’humour laisse place à une amertume inattendue, celle du véritable passage à l’âge adulte,  pour mieux questionner cette recherche du bonheur qui nous concerne tous.

Entre-temps, il y avait eu American Trip, grosse pochade régressive qui ne lésinait pas sur les gags hénaurmes avec un rythme effréné, ce qui l’éloignait du ton plus réaliste (ou naturaliste, si on veut) des autres films de l’écurie Apatow, comme Superbad, récit d’une bromance et d’une émancipation sentimentale.  C’était sûrement moins fin, mais c’est redoutablement drôle, grâce à l’alchimie entre Jonah Hill et Russell Brand, toujours à l’aise dans les délires sous coke. Et enfin, son quatrième film, Nos Pires Voisins, rejoint justement cette veine plus mineure et plus immature, avec certes un peu moins de réussite.

La guerre de l'immaturité

C’est comme si la filmographie entière de Stoller était elle-même à l’image de ses personnages, tiraillés entre leurs irrésistibles envies de régression et la maturité nécessaire pour assumer toutes les responsabilités de la vie d’adulte. Et ce Neighbors (titre original du film), que Stoller n’a pourtant pas écrit, semble pourtant le plus représentatif de cette dualité existentielle, avec ce pitch idéal qui illustre littéralement la guerre entre ces deux pôles.

C’est tout simple : un couple de jeunes trentenaires (excellents Seth Rogen et Rose Byrne), avec à leur charge un bébé à élever, assiste à l’installation juste à côté d’une confrérie étudiante, ultra bruyante et fêtarde, ce qui représente évidemment une menace à leur nouvelle mode de vie. Et même s’ils essaient tout d’abord de la jouer cool et conciliants avec leurs voisins, les choses ne tarderont pas à dégénérer, sans oublier l’appel des vieux démons nostalgiques de leur jeunesse dévergondée.

Party Movie

Le scénario enchaîne donc les quiproquos absurdes jusqu’à une guerre sans pitié où tous les coups bas sont permis. Le plus grand mérite de Stoller est de ne pas prendre parti pour l’un des deux camps : il aime tous ses personnages et s’amuse à les voir s’affronter dans un délire cartoonesque, où il peut se lâcher plus que jamais dans le burlesque grivois et le sadisme physique. L’efficacité de son talent comique reste imparable, il s’agit sans doute d’un des films les plus drôles de l’année alors que tous les gags typiques du « party-movie » semblaient pourtant éculés. Stoller se montre suffisamment inventif pour ne pas nous donner l’impression de regarder un ersatz de Projet X qui semblait avoir atteint l’apothéose du genre. Même Zac Efron, autrefois tête à claques, surprend agréablement dans un registre nouveau pour lui. 

Mais c’est aussi toute la limite et la maladresse involontaire du film de proclamer que pour savoir grandir, il faut savoir arrêter la fête, si on veut savoir prendre sa vie en main et réussir à son avenir professionnel. Cette morale tiède et convenue nous fait évidemment regretter que le film n’ose pas se démarquer de cette petite leçon paternaliste, certes dite sans méchanceté. On espère juste que Stoller retrouvera la finesse de ses meilleurs films après cette recréation qu’il ne faut considérer que comme un défouloir efficace et furieusement jouissif.

Durée : 1h36

Date de sortie FR : 06-08-2014
Date de sortie BE : 23-07-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 05 Août 2014

AUTEUR
Viguen Shirvanian
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Insatiable cinéphage qui aime les grands mélos lyriques, la Nouvelle Vague française, le pinku...
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