Critique de film
Pacific Rim

Tous aux abris les Kaijus débarquent !

Les Kaiju ce sont des espèces de Godzillas qui s’échappent d’une brèche dans l’océan Pacifique. Pour combattre ces envahisseurs, les hommes se sont associés et ont mis leurs ressources en commun. Ils ont donc créé des monstres (hauts de 25 étages nous dit-on) pour lutter contre les monstres. Des robots géants surnommés les Jaeger (les chasseurs) affrontent donc les gros dinosaures et avec un certain succès, ce que nous explique la scène d’introduction. Elle est très efficace, personne ne sera abandonné au bord du gouffre narratif ou laissé à la dérive. De dérive parlons-en, il s’agit d’une jonction neuronale entre les deux pilotes du Jaeger,  ils sont deux comme les copilotes d’un avion de chasse à la Top Gun (le film emprunte d’ailleurs beaucoup au scénario du film de Tony Scott). Au moment de la jonction, l’esprit et surtout les souvenirs des deux pilotes communiquent afin de créer une meilleure cohésion dans le combat. C’est le fil rouge du film de Guillermo Del Toro, le souvenir ! Dans Pacific Rim qui combine un double hommage à la SF et à l’univers des Kaiju Eiga, le réalisateur a choisi d’insister sur la notion de conscience collective et de mémoire. C'est parfaitement illustré par la scène la plus touchante du film où une petite fille qui a perdu un mocassin rouge fuit un Kaiju, étrange résurgence et combinaison de l’enfant en couleur de La liste de Schindler et de Kim Phuc dont la photo du corps nu brûlé au napalm a fait le tour du monde. Cette brèche dans le souvenir permet aux copilotes de faire corps et de devenir hypothétiquement invincibles. C'est la mémoire qui ouvre la possibilité d'un futur.

Après une double introduction balancée sur une bande son rock pêchue, on réalise rapidement que le scénario va remplir scrupuleusement le cahier des charges du bon blockbuster américain comme il le fait depuis près de 30 ans. Lors d’une mission notre héros perd son copilote et frère, un classique. La notion de lien familial est introduite et sera elle aussi une constante de la trame narrative. Mais Charlie Hunnam (connu pour son rôle dans Sons of Anarchy, l’acteur marche d’ailleurs comme dans la série en se tenant la ceinture) raccroche les crampons puisqu’il a perdu son frère. Il travaille alors à la construction d’un mur géant comme un simple ouvrier jusqu’à ce que le Marshall (l’excellent Idris Alba) en charge des Jaeger ne vienne le solliciter à nouveau. "Come back dude we need you, you’re the best pilot !" Il revient et va devoir faire équipe avec une fille, la charmante Rinko Kikuchi (il fallait bien un rôle féminin et japonais de surcroît pour nous faire avaler cette idée de lutte mondiale contre les gros lézards). A partir de là ce n’est qu’un enchaînement d'archétypes scénaristiques. La phase d’entraînement, le patriotisme militaire, les scènes de dialogues où on joue au plus viril, la rivalité entre les duos de pilotes, le premier combat, le second, le poste de commandement sur écrans d’ordinateurs où des mecs hurlent des ordres et où le mec chargé de l’écran de détection perd soudainement la trace des robots avant de la retrouver tout aussi vite, la scène du sacrifice, celle de la romance, celle du duo de scientifiques comiques, la scène de félicitations collective enfin et en deux mots : aucune surprise.

C’est évidemment du côté de la mise en scène qu’il faut regarder ! Del Toro a-t-il révolutionné le blockbuster ? Il a mis de l’âme, dans quelques petits détails aussi vifs que splendides. Dans un chaos de destruction d’immeubles tel qu’on l’a déjà vu dans Transformers ou Avengers, Del Toro ajoute de la poésie. C’est un bras immense de robot qui pénètre tout un étage de building avant de s’arrêter devant un pendule de newton et d’en déclencher le mécanisme de balancier perpétuel fondé sur le principe de mouvement réciproque comme pour les pilotes d'un jaeger. A un autre moment au beau milieu du déferlement de bris de glace et de voitures qui volent, quand la terre se soulève sous le poids du robot, celui s’arrête juste au bord de l’eau et déstabilise juste légèrement une poutre d’amarrage qui fait un petit clic ravissant en réaction.

Les scènes de combat qui se produisent avec mesure sont à couper le souffle. Elles offrent chaque fois l’idée d’une mise en abîme comme lorsque le premier robot s’effondre sur la plage et qu’un pilote sort de son casque avant de s'affaler à son tour. On retrouve évidemment l’univers du manga et d’un dessin animé comme Goldorak où la tête était aussi indépendante et glissait vers le corps statique avant de l’animer. Le Jaeger c’est le prolongement de l’homme. Idris Alba le hurle à Charlie Hunnam : « Vous voulez mourir ici (comprenez dans un bureau) ou dans un Jaeger ». Del Toro ne peut échapper à la logique guerrière des studios mais il la teinte de couleurs chatoyantes, de bleus et de verts fluorescents qui rappellent les couleurs vives d’Avatar. Le travail du chef opérateur Guillermo Navarro est splendide et différent de celui de Maurio Fiore, une palette très contrastée, mise en avant des couleurs primaires et travail sur les textures. Le résultat est très beau alors que tous les combats ont lieu la nuit ou dans l’océan, ce qui pouvait être regrettable mais ça permet de faire ressortir la nuance de la coloration. Le sang des Kaiju est identique à la lumière projetée par le poisson lanterne des abysses. Une lumière vive dans la nuit. Le rendu numérique des Kaiju est étourdissant, ils sont tous différents et on se prête à attendre le suivant pour voir s'il aura l'apparence d'un requin marteau ou d'un gorille.

Il y a cinq décors ou univers visuels distincts dans le film. Le premier c’est l’immense hangar orange où sont exposés les Jaegers, espace assez rabâché dans la filmographie du genre, lieu idéal pour les sempiternels rassemblements de militaires qui crient et se tapent dans les mains après les victoires en entourant les pilotes qui marchent fièrement le casque sous le bras. Le deuxième c’est le poste de commandement où les écrans d’ordinateurs saturent la lumière d’un bleu électrique. Le troisième c’est le village chinois du marché noir qui évoque A.I. de Spielberg avec beaucoup de finesse. Le quatrième, le champs de bataille, où les robots et monstres détruisent les immeubles des villes dans une image de synthèse assez bluffante. Le dernier, la tête du Jaeger où sont positionnés les pilotes, véritable discothèque de lumières ou résultat d’un trip hallucinogène.

Del Toro fait tout ce qu’il peut. On lui a imposé la conversion 3D dont il ne voulait pas. Tant pis, elle ne rajoute rien à l’entreprise. La mise en scène est parfaite, splendide, fluide mais elle est au service d’un scénario affligeant de banalité. On a même droit à quelques petites phrases sentencieuses et moralistes comme seuls les studios osent encore en écrire. Del Toro a participé à l’écriture du scénario en compagnie de Travis Beacham mais je crains qu’ils n’aient été contraints de remplir le petit tableau des impératifs. Le réalisateur du Labyrinthe de Pan ose toutefois être sarcastique en gratifiant le tout au numérique d’une petite pique bien sentie.

Comme le disent les pilotes : On va finir le boulot ! Tuer un Kaiju c’est terminer le boulot. L’entertainment c’est aussi un boulot. Del Toro s’est acquitté du sien insufflant entre les brèches des touches de sa personnalité mais il est resté cramponné à un scénario du héros américain qui sauve consciencieusement le monde ! Ce n’est pas un révolution, c’est un bel et fidèle hommage au genre malheureusement dépourvu d'émotion.

Durée : 2h10

Date de sortie FR : 17-07-2013
Date de sortie BE : 17-07-2013
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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02 Juin 2015 à 04h19

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Critique mise en ligne le 11 Juillet 2013

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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