Critique de film
Paradis : Amour

Si l'effet de surprise peut jouer dans les premières minutes du film Paradis : Amour (Paradies Liebe) du cinéaste autrichien,Ulrich Seidl, on a vite compris où il voulait en venir et ça devient très vite insupportable. Ce film est sans doute celui de la sélection qui provoquera son petit tsunami, son nécessaire scandale, il y aura ceux qui le trouveront courageux et les autres, comme moi, qui en ressortiront ulcérés et profondément mal à l'aise. Surfant sur la vague provocatrice du tourisme sexuel cougar, Seidl offre au festival de Cannes son premier film MILF, ni plus ni moins.

Teresa, une autrichienne de la cinquantaine laisse sa fille au pays et part s'envoyer du black au Kenya. Au début, elle joue à la mijaurée quand sa copine blonde rasta (symbole archi-pénible du touriste qui fait semblant de s'acclimater au pays dans lequel il bronze) lui parle des mecs du coin. Tout y passe évidemment dans la description, le goût, l'odeur, la taille du membre. On se vautre dans le cliché volontairement. Seidl croit faire fort en composant ses cadres comme des fresques burlesques. D'un côté, les touristes allongées sur des transats en rang d'union, grasses peaux striées de vergetures. De l'autre les rastas, ces jeunes éphèbes qui vendent leurs corps contre quelques shillings.

Passé la drôlerie relative des scènes d'introduction censées planter le décor et l'effet de style de la mise en scène qui laisse l'image s'exprimer d'elle-même, on commence à s'impatienter sur son siège. Le film en a encore pour 110 minutes, longues et pénibles, troquant le burlesque pour la vulgarité, la surprise pour la nausée. Ne vous méprenez pas, je n'ai rien contre le fait de parler de la prostitution et surtout celle masculine plus méconnue mais le problème c'est que Seidl ne démontre rien de plus qu'une opposition où l'homme objet et celle qui en use sont les deux faces d'une même solitude. Le spectateur a le choix de se demander quelle position parmi ces deux-là est la plus pathétique même si et il faut le reconnaître il décrit une certaine réalité. La cinquantenaire en quête d'amour (comme c'est mensongèrement présenté ici), méprisée en Europe à cause des diktats de la  sexualité (cfr les théories de Houellebecq) et le pauvre africain obligé de vendre son corps mais qui ment tout de même en promettant l'amour alors qu'il ne veut que de l'argent. Au moins a-t-il la décence de ne pas monnayer tout d'entrée pourrait-on se dire.

Le plus exaspérant c'est la leçon de vie que nous donne Seidl. Deux heures pour nous répéter la même chose, nous refaire les mêmes scènes, pousser encore plus loin la démonstration et rien ne nous sera épargné. Scènes d'éducation sexuelle, scènes d'un racisme primitif (banania, dents blanches, animaux en cage pour illustrer le rapport de dépendance, de crocodiles à qui on tend une carcasse de poulet, si je vous assure, c'est navrant n'est-ce pas ? Et encore vous n'avez rien vu), scènes d'offrande où un jeune kenyan est offert en cadeau d'anniversaire. Là le sommet est atteint, on a déjà assisté à trois scènes humiliantes où la femme, insupportable, fait semblant d'avoir besoin d'amour alors qu'elle prend en photo le sexe de ces prostitués en photo et voilà qu'elles sont quatre dans une pièce, toutes plus stupides les unes que les autres, plus viles et qu'elle oblige un gamin à bander. Franchement tout y passe, on ne frôle plus le porno, on en regarde un. La salle semble tout à coup moins complaisante, légèrement indisposée elle aussi.

A cet instant j'ai envie de quitter la salle parce que je me dis que si les hommes manipulés ici comme des objets ou des animaux de foire (on les voit souvent faire des pirouettes pour épater les femmes comme marcher sur les mains, le début du film montrait d'ailleurs des singes à qui l'autrichienne donnait des bananes) avaient été des jeunes femmes et les quatre cougars des mecs bedonnants, on aurait crié au scandale et lancé des objets sur l'écran. Si les prostitués avaient été des femmes, le film aurait été odieux et jamais il n'aurait été sélectionné en compétition (et ça n'a évidemment rien à voir avec l'esthétisme carré de Sleeping Beauty qu'on avait déjà traité de tous les noms l'année dernière ici même).

Je me demande vraiment comment un film aussi stérile a pu arriver là. Evidemment il provoque une réaction épidermique mais est-ce suffisant, j'aurai aussi eu envie de partir si on avait torturé un être humain à l'écran et cette complaisance voyeuriste est une forme de torture. De plus la dénonciation de ce rapport mercantile qui se protège derrière le désir d'amour (les femmes veulent de l'amour, les hommes eux du sexe... oui c'est aussi con que cela) participe d'une forme de racisme inversé insupportable. Le film est détestable, c'est sans doute ce qu'il cherchait à être. Il a gagné sa petite mise en scène. Tout est à jeter dans le même sac, la posture victimiste de l'africain, la caricature de la femme cougar, l'impression que donne le réalisateur de se croire plus malin que tout le monde. Si le porno se distingue de l'érotisme par l'utilisation du gros plan, le cinéma puant se distingue de celui plus parfumé par la volonté de tout montrer.

Durée : 2h00

Date de sortie FR : 09-01-2013
Date de sortie BE : 09-01-2013
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 23 Juillet 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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