Critique de film
Patti Cakes

Au début

Patricia Dombrowski aka Killa P. aka Patti Cake$ (Danielle Macdonald), la petite vingtaine, vingt kilos de trop, s’ennuie ferme dans son bled du New Jersey. Barmaid dans un pub miteux, elle participe aux frais d’un foyer composé d’une grand-mère acariâtre et d’une maman alcoolo qui se rêve vingt ans de moins. Heureusement, il y a le rap. Tant au stylo qu’au flow, Patti est douée. Soutenue par son pote Jheri et un musicien asocial, elle va jouer de ce talent pour s’extirper de cette suburban way of life nauséeuse.

N.J. State Of Mind

Développé dans le cadre du Sundance Screenwriters Lab et devenu ces derniers mois une coqueluche de festivals, Patti Cake$ est le premier long-métrage signé Geremy Jasper. Le jeune réalisateur ne cache pas l’aspect autobiographique de son film, sa passion pour le rap lui ayant servi de planche de salut avant de s’échapper de son New Jersey natal. Cet amour sincère irradie son film et lui confère son aspect le plus réjouissant. Dans Patti Cake$, l’esthétique et le mode de vie hip-hop sont abordés selon un angle fondamentalement joyeux et dénué des habituels clichés gangsta ou misérabilistes. La jeune Patricia y joue à armes égales contre le machisme cru du milieu en affirmant bien fort sa féminité et son indépendance sexuelle. La comédienne Danielle Mac Donald a travaillé son flow pendant de nombreux mois, tandis que l’auteur/réalisateur transformait ses textes au fur et à mesure des progrès de son interprète principale. Résultat, les passages rappés convainquent et le spectateur croit à l’omniprésence de cette musique dans la vie de l’héroïne, qui commente sa vie de tous les jours de scansions acides.

Catchy

Formé à l’école du clip et de la publicité, Geremy Jasper sait y faire pour accrocher le regard du spectateur. Patti Cake$ est ponctué de plans larges qui évoquent à la fois une imagerie américaine familière héritée d’Edward Hopper et une esthétique de vidéo-clip par l’emploi de couleurs saturées, de grand-angulaires et de contre-plongées. La réalisation multiplie les coquetteries esthétiques et le montage est dynamisé par de brefs gros plans soulignés d’effets sonores cartoonesques. Malheureusement, Geremy Jasper pressent sans doute la faiblesse de la plupart de ses personnages secondaires et la pauvreté de leurs interactions avec son héroïne. Par conséquent, au lieu de faire confiance à ses acteurs (certes, ils n’ont pas de matière à défendre), le réalisateur attire l’attention sur son propre style par le recours abusif à une caméra portée qui finit par agresser le regard. En particulier, l’écriture calamiteuse du personnage de la maman (Bridget Everett), toute en oppositions attendues (chanteuse ratée, qui considère que le rap n’est pas de la musique et bla-bla-bla…), pèse non seulement sur l’ascension du personnage de Patti mais surtout sur le film lui-même, venant même pourrir sérieusement son climax.

Sur des rails

À la lecture des paragraphes précédents, vous vous en doutez certainement : l’héroïne de Patti Cake$ devra résoudre ses conflits internes (son manque de confiance en elle dû à son embonpoint) et ses conflits externes (sa relation à sa mère) pour sortir grandie d’un parcours initiatique qui se conclura par le happy-end de rigueur. De Rocky (John G. Avildsen – 1976) à Walk The Line (James Mangold – 2005) en passant par Top Gun (Tony Scott – 1986), on connaît la chanson, là n’est pas le problème. Mais si ici l’esthétique et le personnage principal séduisent, la mécanique éculée d’un scénario métronomique lasse. On ne dira jamais assez le mal que des théoriciens du scénario à la Robert McKee ou Blake Snyder peuvent faire aux auteurs inexpérimentés, privant leurs films de toute spontanéité, de toute singularité. La checklist du script qui fonctionne : élément déclencheur, time lock, exposition du thème par un personnage secondaire, héros qui touche le fond aux deux tiers du film, etc. Apprenti scénariste, Geremy Jasper suit une recette qui parvient à faire monter une mayonnaise tout en la privant complètement de toute saveur.

Peut-être…

Porté par l’amour sincère du réalisateur pour le rap, Patti Cake$ ne fait pas de mal à une mouche, son principal défaut étant d’être éminemment prévisible. Quelques jours après sa vision, le souvenir de son héroïne atypique et des passages chantés ramène le sourire, en rêvant à la grande comédie musicale hip-hop que le cinéma pourrait un jour nous offrir.

Durée : 1h48

Date de sortie FR : 30-08-2017
Date de sortie BE : 30-08-2017
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 03 Septembre 2017

AUTEUR
Olivier Grinnaert
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Je fus initié au cinéma dans les années 80 par le gérant d'un vidéo-club pr...
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