Critique de film
Paulina

Avec ce second long-métrage sélectionné l’année dernière à la semaine de la critique à Cannes, Santiago Mitre, poursuit son étude de caractères en réalisant le contre-champs de son précédent El estudiante ou le récit d’une jeunesse révoltée. Pour comprendre mieux cette appétence pour la question du politique, il convient de rappeler que les aïeux de Santiago Mitre, sont en Argentine traditionnellement de hauts fonctionnaires (Arrière grand-père Ministre de l’agriculture, grand-père député et ambassadeur, père ancien secrétaire à la Présidence et mère spécialiste de la protection des mineurs).

Paulina est une jeune avocate, elle-même fille de magistrat, dont les convictions sociales la poussent à mettre de côté sa carrière, afin de se consacrer à l’enseignement dans les faubourgs défavorisés, près de la frontière paraguayenne. Le film s’ouvre sur un conciliabule tendu entre Paulina et son père, auprès duquel elle doit littéralement plaider sa cause pour faire entendre ses arguments, entre engagement politique et considérations sociales, car il ne comprend pas ce choix de renoncer à un brillant (et confortable) avenir. Bien sûr il y a les inquiétudes du patriarche obéissant au déterminisme social et soucieux de conserver les privilèges de sa fille. Néanmoins devant l’entêtement de cette dernière, il cède.

Être et avoir

De la suite dans les idées et le devoir chevillé au corps, Paulina interroge ses élèves sur des valeurs fondamentales, telle que la liberté. D’une intégrité sans faille elle ose tout, tant et si bien que ses élèves prendront la liberté de quitter sa classe en plein cours. C’est ce qui s’appelle agir conformément à ses idées. Cette honnêteté intellectuelle, cette pureté idéologique irrigue toutes ses pensées et prend sa source au plus profond de son être. C’est plus fort qu’elle, elle ne transige sur rien. Un jour un élève étrange au regard « pénétrant » observe la classe de l’extérieur avant de s’y introduire. La même séquence se répète plus loin dans le film, mais cette fois en caméra subjective, alors qu’il entre dans la salle, s’assied et jette un regard à son camarade et complice. Dans l’intervalle, Paulina se fait agresser par un groupe de jeunes dont certains sont ses élèves.

Face au traumatisme elle refuse d’être une victime et bien sûr, ne réagit pas comme son entourage l’aurait souhaité. Son compagnon crie vengeance (Esteban Lamothe) alors que son père (Oscar Martinez) veut appliquer scrupuleusement la loi. Fidèle à elle-même, elle décide de continuer sa mission en cherchant à comprendre les raisons de cette agression car « la justice ne cherche pas la vérité quand des pauvres sont suspectés. Elle cherche des coupables. » Paulina n’accepte pas le fait qu’un individu en marge de la société, soit rattrapé par celle-ci dès lors que l’appareil répressif est sollicité.

Merveilleusement incarnée par Dolores Fonzi, il est intéressant de comprendre dialectiquement les choix et de voir s’affirmer progressivement la personnalité et la force de conviction de cette femme prête à tout sacrifier pour aller au bout de sa logique, toute entière dévouée à sa cause. A la faveur d’un montage alterné Santiago Mitre qui n’oublie personne, donne à entendre les raisons de chacun, y compris celles du plus fort. Dessinant ainsi un récit aux ramifications complexes, et pourtant tellement limpide dans sa dramaturgie : Paulina, ses convictions, les autres et cette question à chaque nouveau conflit, comment va-t-elle réagir ? D’une efficacité redoutable, Santiago Mitre mêle habilement toutes les ressources de la narration et réalise un magnifique portrait de femme, d’une femme qui marche.

Barbara Alotto

Durée : 01h43

Date de sortie FR : 13-04-2016
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 13 Avril 2016

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