Critique de film
Phantom of the Paradise

Plutôt que d'évoquer ce que nous connaissons tous, le Passeur préfère vous emmener dans Phantom of the Paradise au travers de sa bande originale. Dix morceaux fabuleux de Paul Williams qui se mêlent pour l'éternité aux images de De Palma. Un travail à quatre mains de Lucien Halflants et Daniel Rezzo.

 

Goodbye, Eddie, Goodbye

D'abord la voix caverneuse de Rod Serling nous ouvre la voie galactique d'une autre dimension, bien plus loin que la quatrième, vers les encombres infernaux de l'industrie. Puis on taille, on formate et voici les chanteurs aux tons clairs, les Juicy Fruits. Le sable et le soleil crachés par les speakers en rut. Les histoires sombres ne durent que quelques secondes pour ne laisser vivre que la joie factice que peut prêter cette musique. Swan, de ses gants immaculés, applaudit ceux que bientôt il ne protégera plus.

Faust

Le grotesque des Juicy Fruits laisse la place à l'émotion pure. Winslow Leach se présente sur la scène, seulement accompagné de son piano. Alors que l'odieux Philbin parle gros sous dans la loge, Winslow laisse exploser sa sensibilité dans une délicate et émouvante chanson de Paul Williams. Deux mondes s'opposent. Le drame du film se joue ici. Travelling circulaire autour de l'artiste solitaire et désintéressé et de son piano. Face caméra pour Philbin intéressé. Montage parallèle. Le matériau brut de Winslow ne requiert plus que les arrangements pop de Swan pour exploser sur la scène du Paradise.

Upholstery

Le monstre est né, le destin violé, le visage détruit puis masqué. L'écran se déchire et le vengeur au long bec d'acier se précipite pour armer une bombe dans le coffre en carton d'une voiture de cinéma. L'œuvre originelle est déchue de ses qualités. N'en reste qu'une soupe formatée aux ombres des palmiers. Le plan splitté se poursuit, l'hémisphère gauche suit le véhicule prêt à explosé, le droit, le tournage d'un clip déjà dépassé. Lorsque les deux plans se rejoignent, l'une des caméras, la moins pudique, détourne le regard sur celui du jeune compositeur bafoué puis sur celui de Swan qui voit son empire égratigné. Qui des deux a causé l'incident? Le producteur carnassier déchiquetant les œuvres d'autrui ou l'artiste cherchant à venger son travail.

Special to Me

L'audition de Phoenix est l'occasion pour la choriste de naître frontwoman. Swan, caché dans les ors de son château pop, découvre une perle, et Winslow, lui, découvre une muse. Mid-tempo, rythme américain, présence scénique, voix sans réelle saveur mais façonnable, Swan sait qu'il tient celle qui fera de son Paradise un succès. Winslow lui, découvre celle pour qui il écrira ses plus belles mélodies.

Phantom's Theme

Magnum opus du film, le thème de Phantom... débute par de délicates notes au clavier. Cri déchirant d'un créateur, amour inaccessible, le morceau bénéficie d'un traitement baroque et onirique de De Palma. Hanté par la Hammer, usant de filtres, de fondus enchaînés, le réalisateur offre un écrin sensationnel à la mélodie de Paul Williams. Ode à la différence, évocation de la Belle et la Bête et du mythe faustien, le thème se construit autour du piano pour accueillir guitare et batterie sourde. Ce sont les images de Phantom's Theme qui restent, éternellement... Come Together in me now...

Somebody Super Like You

Inauguration du Paradise. Swan crée les Undeads, version gothique des Juicy Fruits. La Universal est convoquée pour une relecture du mythe de Frankenstein. Entre les Who, Arthur Brown et Kiss, les Undeads mettent en scène la création de Beef. Guitares tueuses, micro découpeur, scénographie pompière, le morceau est furieusement efficace. Mais la fête va être gâchée : le Phantom apparaît au premier plan par un subtil jeu de poulies...

Life at Last

Beef naît sous les accords des Undeads. Il sort de son cercueil et s'empare d'un guitare. Absurde créature vomissant ses paroles, il en fait des tonnes, pour le plaisir d'un public déchaîné. De Palma nous a annoncé la châtiment imaginé par Phantom, qui la met à exécution dans Life at Last. Un néon propulsé par le défiguré heurte le chanteur ridicule. De Palma feint l'électrocution par un joli avant-arrière de la pellicule. Contre-plongé sur Swan. Il est en train de perdre le Paradise. Plongé sur Phantom, il hurle sa victoire et sa vengeance.

Old Souls

Après la mort électrique vient la douceur inattendue. Une ballade noire comme le nouveau sang de celui qui l'a un jour écrite. La muse interprète la chanson alors que Phantom braque son talent chargé d'amour sur la starlette. La poursuite lui réchauffe la voix, l'émotion va grandissante. Puis dès la dernière note, l'ovation. Le public acclame la naissance d'une étoile dans un ciel orageux. Phantom hurle de bonheur, Swan ricane en dollars. Plus tard la chanson reviendra bruler les sentiments de son compositeur, alors que derrière un plafond vitré et sous une averse de larmes, il observera son amour lui échapper au delà du désespoir.

The Hell of It

Le logo de Death Records et une furieuse guitare viennent clore le conte. L'usine à rêve aura eu raison de la créativité. On oublie l'artiste pour continuer à fêter l'inconnu. Seul l'amour, plus tôt aveuglé, s'en souviendra. Et nous pauvres spectateurs encore secoués par tant de virulence continuerons à réfléchir le monde, le cinéma, à ressentir la musique. 

 

Durée : 01h32

Date de sortie FR : (date indisponible)
Date de sortie BE : 25-02-1975
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Critique mise en ligne le 02 Mars 2014

AUTEUR
Daniel Rezzo
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