Critique de film
Philomena

En 2009, la presse anglaise se fait l’écho du récit émouvant de Philomena Lee. Elevée dans une famille irlandaise très catholique, cette jeune fille tombe malencontreusement enceinte à 16 ans. Elle est tout de suite rejetée par ses parents qui l’envoient dans un couvent. Philomena  est alors contrainte de suivre le rythme de cette institution qui lui fait mettre au monde l’enfant du péché dans une atroce souffrance. Pire, elle est tout de suite séparée de sa progéniture et ne pourra la voir qu’une heure par jour lorsque les durs travaux manuels du couvent lui en donnent l'occasion. Un jour, les nonnes décident de vendre cet enfant à un couple de riches américains qui l’emportent sans le consentement de Philomena. Pendant des années, cette dernière consacre toute son énergie à vouloir retrouver son fils perdu jusqu’au jour où elle rencontre un journaliste, Martin Smith, intéressé par la publication de ce fait divers.

C’est cette quête pour retrouver son enfant qui inspire Stephen Frears  pour son dernier film, Philomena. Plus que la recherche du fils perdu, le réalisateur souhaite mettre en avant l’histoire de ses deux personnages principaux, Philomena (Judi Dench) et Martin (Steve Coogan). La première est une mère vieillissante en souffrance qui a besoin de savoir si elle fut aimée par un enfant injustement enlevé. Peu importent les réponses qu’elle trouvera dans ses recherches, elle porte une blessure profonde qui ne pourra être refermée que si elle sait ce qu’est devenu son fils. Lui est un journaliste arriviste. Il est persuadé qu’il doit trouver un gros scoop pour relancer sa carrière. Cependant, grâce à son travail avec Philomena, il va apprendre à mettre au premier plan les relations humaines plutôt que les relations de travail.

Dans cette perspective, Stephen Frears décide de sublimer ses acteurs en les mettant toujours au centre du cadre. De même, les gros plans sur les visages sont très présents. Judi Dench tient ce paradoxe d’une actrice aux traits marqués, exprimant les douleurs de son personnage, mais qui conserve une jeunesse éternelle dans son sourire et ses gestes, permettant de donner une certaine légèreté comique au film. La marque Steve Coogan dans cette œuvre est plus consensuelle, moins décalée, en phase avec la personnalité du journaliste qu’il incarne. De même, il faut noter un certain investissement de l’acteur dans ce film puisqu’il est également le co-scénariste et le co-producteur.

A coté des acteurs, Stephen Frears n’oublie pas de rendre hommage aux beaux paysages ruraux, dans la continuité de Tamara Drewe. Loin de son médiocre Lady Vegas : Les Mémoires d'une joueuse où l’ambiance survoltée du milieu urbain avait complètement submergé sa narration, Philomena  échappe à ce travers en arborant un Washington discret et paisible.

La vraie force de ce film réside surtout dans le mélange des genres entre drame et comédie permettant aux spectateurs d’être très réceptifs tant aux moments drôles qu’aux scènes émouvantes. Le réalisateur est sans tabou quant aux sujets prohibés par l’église catholique : l’homosexualité, le péché charnel, l’orgueil… Pourtant, il n’y a jamais une seule critique de la religion. Ce n’est pas une institution qu’il faut blâmer mais des personnes qui, par arrivisme et pouvoir, ont décidé de gâcher la vie de plusieurs mères sous couvert de la foi en Dieu.

La simplicité et l’émotion sont donc les maîtres mots de ce nouveau Frears qui trouve nos cœurs et ravive nos esprits…Une réussite !

Durée : 01h38

Date de sortie FR : 08-01-2014
Date de sortie BE : 08-01-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 25 Décembre 2013

AUTEUR
Antoine Corte
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