Critique de film
Prometheus

Tout a été fantasmé, écrit, entre aperçu au sujet de Prometheus, même une station fantôme de la ligne 9 (Paris) a été décorée aux couleurs du film. Il était donc temps que cesse cette mascarade. Maintenant que les vents cosmiques se sont calmés, l’exploration peut commencer.

Elisabeth (Noomi Rapace) et Charlie (Logan Marshall-Green, sosie de Tom Hardy) croient découvrir la planète qui a abritée nos créateurs. Les voilà donc à bord d’un vaisseau, financés par un mécène étrange, en route vers nos origines mais de terribles découvertes et un passager malfaisant vont mettre à mal le bon déroulé des opérations. 

Le squelette du film est étrangement semblable au premier Alien (avec un soupçon de Jurassic Park): Une équipe envoyée aux confins de l’espace pour y trouver des traces de vie, des employeurs aux motivations obscures, une héroïne plus forte que les hommes, un androïde bipolaire (très bon Fassbender), une première mission risquée qui tourne mal, une scène abdominale culte, le chaos, la bête qui se trouve à bord du vaisseau… remplacez juste la pratique par la théorie. Le concret par le concept. Parfait, mais quel concept au juste ? Le fait que la vie sur terre fut conçue par un peuple humanoïde à des années lumières de notre galaxie. A nos amis de découvrir qui, comment et pourquoi.

Passons sur le fait que c’est l’idée maîtresse du calamiteux Mission to Mars et d’un bon nombre de romans de S.F. Le développement ne sera pas plus percutant voire même franchement paresseux : lorsque le robot dit ne pas comprendre pourquoi nous avons besoin de connaître nos origines, Elisabeth lui rétorque que c’est parce qu’il est un robot et elle un humain. Bon, très bien. Le scénario accumule donc les faiblesses, tentant de densifier une trame finalement superficielle. Pourquoi David (Michael Fassbender) est un traître, pourquoi Charlie est un abruti, pourquoi du coup Babette l’aime tant, qu’est-ce que fait Charlize ici, à quoi sert vraiment le personnage de Guy Pearce, pourquoi chacun des mots prononcés par Noomi Rapace sonnent faux ? Ah oui, et pourquoi Charlize court-elle dans l’axe du vaisseau qui lui tombe dessus (Duck & Cover) ? Et Janek de résumer cruellement l’ensemble : « I don’t care ».

C’est en partie vrai seulement, car Ridley Scott n’est pas n’importe qui et dans les moments creux, sa caméra propose toujours de quoi patienter et on se surprend à jubiler durant sa longue mise en place, en se disant que dans l’espace personne ne devrait les entendre crier. 

L’ambiance est bien là, on aura même vite fait le tour du sous-sol, seul décor prégnant du film, magnifique mais usé jusqu’à la corde. Le vaisseau-titre n’a pas de rôle, dommage, d’ailleurs la technologie humaine n’a pas les honneurs du film originel. Seul David, l’androïde, tient une place importante dans le récit mais les hommes le dégoutent. Le film sera donc avant tout organique. De la seule véritable utilisation de la technologie résultera d’ailleurs une césarienne. Une scène si puissante, que le reste du film en devient pâle, à l’exception de la première attaque de l’ancêtre des Facehugger.

Le travail plastique est d’ailleurs la couche la plus fascinante, le talent de Giger habitant finalement ce que nos « créateurs » ne parviennent pas à incarner. Malgré quelques idées prometteuses, la forme l’emporte sur le fond en permanence. Ce qui à priori ne constitue pas de problème, les images et les actions des personnages parlant d’eux-mêmes. Pourquoi alors faire la part belle à des réflexions sans grande épaisseur pour n’aboutir à aucun vertige ? Lorsqu’on risque sa vie dans une autre galaxie, le message est clair : on est quelque peu motivé, pas besoin d’en faire des tonnes pour ne rien dire. En cela le Huitième passager était plus évocateur dans sa radicalité. 

Prometheus a donc une multitude de cailloux dans la chaussure. Le film se veut autonome mais enlevez la mythologie Alien et il ne reste rien. En soi ce préquel est très dispensable, les sujets de fond sont sacrifiés, aucune réflexion pertinente sur la soif des origines et une fin symptomatique de la vacuité de l’ensemble : « Ah, vous trouvez ça creux ? Un Alien et on en parle plus ? Ok mais promis, pas de question !» Et pouf, un xénomorphe démoulé devant nos yeux certes émus mais un peu interloqués tout de même.

Les rebondissements font rarement sens comme la présence de Weiland à bord, la contamination de Charlie ou l’aventure de Janek avec Vickers. Prometheus nous enferme trop souvent sous terre, délaissant l’aridité de la planète, la force des éléments reniant sa magnifique scène d’ouverture. Le réalisateur choisit donc la claustrophobie sans l’angoisse : frustrant. D’autant que Scott met tout le monde d’accord lorsqu’il filme la peur, la chair, le malaise. Nos ancêtres également, sans être ridicules, ressemblent trop au Docteur Manhattan des Watchmen pour proposer quelque chose de nouveau, d’imparable. 

Rien de vertigineux ou de vraiment malin, la majorité des personnages étant transparents (Theron en tête), le film ne vaut d’être vu que pour un poignée de scènes, pour le coup exceptionnelles. Notons quand même le charisme de Rapace et de Fassbinder, qui tiennent à eux seuls le maigre enjeu du film. Irritant de voir tant d’idées visuelles et de savoir-faire étirés le long d’une œuvre parfois impressionnante qui aurait dû être immense de bout en bout. Et non juste l’introduction d’une nouvelle série de films.

Durée : 2h03

Date de sortie FR : 30-05-2012
Date de sortie BE : 30-05-2012
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 07 Juin 2012

AUTEUR
Jérôme Sivien
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