Critique de film
Puzzle

Une entame douteuse, une ouverture cherchant l’émotion instantanée, outrée par une musique tantôt jolie, tantôt insupportable. Ainsi démarre le film. Calmement mais troublé par une narration déjà compliquée quoiqu’aplanie par une force supérieure, celle d’un cinéaste, d’un scénariste, parfois trop présent. Le film dirige le spectateur, c’est vite compris.

Les choses se mélangent, les vies s’entrecroisent. Aux quatre coins du monde, des couples divorcés, trompés ou encore inconnus se parlent, se disputent la garde de leurs enfants, se rencontrent. A Paris, à New York, à Rome, quelques distinctes destinées se préparent à se lier.

A travers un montage parallèle et des transitions étonnantes - grotesques est-il possible de penser – le film pénètre d’autres horizons et casse les fines parois qui séparaient jusque-là les différents récits. Une soubrette se transforme dans un rapide mouvement en avocate, un t-shirt enlevé, un soutien-gorge enfilé. Les portes ouvrent alors un autre versant de la vie, d’une vision, celle d’un seul homme. Des transitions qui se veulent déceler la condition humaine et ses fléaux, égaux pour tous, ou presque. Et qui, par leur continuité, laissent le spectateur comprendre l’énigme soulevée.

Mais que lie ces nombreuses personnes? On sent leurs fêlures semblables, leurs maux répétés, comme une déconnexion de leurs propres réalités pourtant si différentes. S’y côtoient mensonges, violence, argent, tromperies et familles disloquées. Face à cela que faire si ce n’est se battre pour une cause qui, à l’échelle du métrage et plus loin encore, deviendra commune : la survie relationnelle.

En coproduction belge et européenne qu’il est, le film se doit d’exposer de magnifiques extérieurs européens. Des ports de Rome, aux allées de Paris, les yeux se régalent des sucreries que lui offre la photographie, plaisir vite oublié. Reste une hallucinante foule d’acteurs (Liam Neeson, Olivia Wilde, Mila Kunis, Maria Bello, Kim Bassinger, Adrian Brody, James Franco, Moran Atias…) travaillant leur pleine intériorité, souvent la plus émouvante. Quand la tension est vive, l’émotion palpable, c’est là qu’ils se donnent, les yeux embrumés, la voix enrouée mais sans excès. C’est du jeu, c’est fort, certains n’aimeront pas.

Si les différentes histoires ne se croisent jamais réellement, c’est parce qu’elles cohabitent dès les premiers instants. Comme si elles s’étaient vues naitre d’une même mère, d’une histoire type, d’un schéma classique. Le titre original Third Person, laisse comprendre qu’il sera question d’une troisième personne. Invisible en début de métrage, elle se fait présente au clair du temps avant d’investir chaque plan. Pour qu’en fin de film, la demi douzaine de personnages inconstruits, quasi inutiles jusqu’alors, trouvent une explication scénaristique, comme un tour un peu vain.

Et c’est à ce moment que meurt le film, à peine quelques minutes après son véritable commencement, dans l’imaginaire torturé et diffus d’un écrivain, entre rêve et réalité, sous ses doigts proscrits. Pour s’éteindre, il est vrai après deux heures d’ennui poli, dans un bel étourdissement qui lui vaudra de laisser oublier que 8220 secondes, c’est long.

Durée : 2h17

Date de sortie FR : 19-11-2014
Date de sortie BE : 01-10-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 10 Octobre 2014

AUTEUR
Lucien Halflants
[130] articles publiés

Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de perce...
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