Critique de film
Que justice soit faite

La femme et la fille de Clyde Shelton (Gerald Butler) sont assassinées sous ses yeux impuissants. Le procureur en charge du cas (Jamie Foxx) négocie la condamnation des deux coupables, l’un d’entre eux échappera à la peine capitale et s’en tirera à bon compte. Clyde crie à l’injustice écœuré par la faillite d’un système qui permet à des meurtriers de s’en sortir au prix de quelques conciliations juridiques. Dix ans plus tard, après avoir longtemps fomenté sa vengeance, Clyde décide de se faire justice lui-même et de revenir dézinguer tous ceux qui ont été mêlés de près ou de loin au procès des assassins de sa famille.

Que justice soit faite de F. Gary Gray, auteur de célèbres nanars tels que Le négociateur ou Braquage à l’italienne, est l’archétype même du Revenge Movie, à savoir le film de vengeance où la victime se transforme en bourreau et dont les actes mettent en lumière la frontière ténue entre le bien et le mal. Et afin de ne soulever aucune ambiguïté singulière le réalisateur dépeint la psychologie des personnages avec la finesse d’une truelle. Le meurtrier est un drogué, consommateur de prostitués et pédophile (Autant y aller franco ! On appréciera la subtilité des amalgames et ne pourra faire autrement que de le détester, il a vraiment une sale tronche). Son complice, qui n’a pas bronché pendant que son patibulaire copain commettait ses forfaits, a lui la tête d’un ange condamné par erreur à la peine de mort (non-assistance à personne en danger c’est mal mais ça ne mérite pas l’injection létale. On a de l’empathie.). Le procureur, très pointilleux sur les lois et leur jurisprudence est un homme très occupé qui ne consacre pas assez de temps à sa famille qui finira lui aussi par contourner la loi pour sauver le gratin de Philadelphia (il travaille trop, il vit dans un monde à part préférant passer son temps dans les prisons plutôt que d’assister au concert de violoncelle de sa fille mais il va se ressaisir et gagner notre sympathie). Enfin le pauvre veuf est en réalité un dangereux psychopathe, version policée d’Hannibal Lecter et ancien agent secret, dont l’intelligence démesurée est proportionnelle à la haine du système (On a de la compassion mais on va finir par le détester, il va trop loin).

Formellement le film lorgne outrageusement sur les séries américaines Dexter et Prison Break. A la première il pique l’idée du tueur sympathique qui ne liquide que des salopards, à la seconde l’univers carcéral d’où on élabore des plans nécessitant un QI de dolichocéphale. La démonstration visuelle et la mise en scène impersonnelle accaparent les classiques du genre : explosions évoquant les flammes de l’enfer, boucheries sanguinolentes, victimes innocentes. Du vu et déjà-vu un millier de fois !

Le plus insupportable dans Que justice soit faite, ce sont surtout ses messages propagandistes sur la peine de mort et la justice personnelle aussi insoutenables que la violence jetée à l’écran pour adoucir la teneur extrémiste du propos. Personne ne s’étonne qu’un type soit condamné à mort pour non-assistance à personne en danger. Tout le monde félicite (Off the record) le père justicier d’avoir découpé en mille morceaux le meurtrier de sa famille. Tout est la faute du système et de ses incohérences. Et finalement cet amoncellement de discours limites finit par masquer le sous-titre du film qui n’est autre que de légitimer le meurtre en fonction de son utilité sociale. Cette relecture des droits de l’homme est évidemment détestable mais elle jouxte fortement des thématiques à la mode dans une démocratie qui applique toujours la peine de mort au niveau fédéral dans 35 états sur 50. La loi du Talion continue d’avoir des partisans, aussi désespérant soit-il !

Durée : 1h48

Date de sortie FR : 22-12-2010
Date de sortie BE : 02-06-2010
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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pumo
15 Janvier 2014 à 08h04

svp, j'ai vu le film hier au soir, donc le 14 Janvier 2014 : merci de me dire qui était le complice à l'extérieur (forcément je me suis endormie....)
Que de violences inutiles dans ce film abracadabrant dont les américains sont si friands...
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Critique mise en ligne le 20 Juin 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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