Critique de film
Real

Cinq ans après le superbe Tokyo Sonata, Kiyoshi Kurosawa fait son grand retour au cinéma fantastique avec Real, adaptation d’une nouvelle d’Inu Rokuro, A Perfect Day For Plesiosaur.  Atsumi est une jeune dessinatrice de manga tombée dans le coma suite à une tentative de suicide. Son petit ami Koichi passe donc une expérience médicale, le « sensing », lui permettant de pénétrer son subconscient afin de comprendre les raisons de son geste. Ce voyage dans la psyché de celle qu’il aime lui réservera d’étonnantes révélations.

L’exploration de l’inconscient a toujours été un sujet casse-gueule, qui compte peu de réussites (Paprika de Satoshi Kon, Je t’aime je t’aime d’Alain Resnais), mais Kurosawa y trouve une nouvelle inspiration qui lui permet de traiter ses éternelles obsessions avec une ampleur tout à fait remarquable. C’est aussi son film le plus accessible, d’une clarté tout à fait limpide qui n’empêche en rien la complexité du récit. Dans Real, il est aussi question de culpabilité et de faute originelle, on y retrouve évidemment le motif du trauma initiatique qui déclenche tout, mais  le résultat est ici beaucoup plus convaincant que dans Shokuzai, son très inégal feuilleton télé qui faisait l’effet d’un pétard mouillé.

Bien plus que le thème de la réalité virtuelle, qu’il avait déjà abordé dans le magistral Kaïro, c’est une forme de psychothérapie que filme Kurosawa, avec un grand sens de l’espace mental qu’il déploie avec une étonnante cohérence esthétique. Les personnages doivent faire face à leurs peurs et à leurs angoisses introspectives comme s’ils devaient affronter les fantômes de leur passé. La grande idée de Kurosawa, c’est d’en faire une sublime parabole métaphorique sur le processus de la création artistique. Comment retrouver confiance en soi en tant qu’artiste? Un dessin d’enfance serait-il la matérialisation d’un secret enfoui ? Et Kurosawa déploie des trésors d’invention formelle pour donner vie à toutes ces visions hallucinées, retenant sans doute la leçon de Jacques Tourneur : comment filmer l’invisible? L’expérience scientifique qu’il décrit n’est qu’un prétexte pour exprimer tout simplement ce qui se cache au-delà de la réalité, en prenant soin de ne jamais sombrer dans la confusion narrative qui menace parfois le récit. En dévoiler plus sur l’intrigue serait cruel tellement le plaisir de la surprise est porté à une rare excitation.

Ce qui est incompréhensible par contre, c’est le sort réservé à Real au Festival de Cannes, où il a été présenté au Marché du Film en n’étant retenu dans aucune sélection. Car cette odyssée mentale n’a rien d’abscons ou d’artificiel, c’est aussi une bouleversante histoire d’amour, celle d’un couple prêt à surmonter tout le poids de la fatalité pour enfin avancer et ouvrir les yeux en toute sérénité. C’est enfin un grand film sur l’imaginaire comme on n’en avait pas vu depuis longtemps. 

Durée : (durée indisponible)

Date de sortie FR : 26-03-2014
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 19 Août 2013

AUTEUR
Viguen Shirvanian
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Insatiable cinéphage qui aime les grands mélos lyriques, la Nouvelle Vague française, le pinku...
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