Critique de film
Rebelle

Merida est un garçon manqué condamné à revêtir la robe de princesse et le mode de vie qui va avec. Incapable de troquer son indépendance contre un mari imposé, Merida va donc se « rebeller », allant jusqu’à mettre en péril son royaume. Et en plein moyen âge écossais, le terme « conséquence » avait une saveur toute particulière.

La chevelure enchanteresse de l’héroïne suffirait à conseiller le film. Et les génies de chez Pixar disposent d’un tel savoir-faire que la moindre lumière, texture ou composition vous donneront une infinité de raisons de louer les aventures de la princesse rousse. « Rebelle » est un authentique plaisir visuel, un cap ayant d’ailleurs été franchi quant à la finesse des visages, plus réalistes, surclassant RaiponceLà-haut et les productions Dreamworks. Le dernier Disney-Pixar (Disnar pour certains) est toujours attendu comme une évidente bombe numérique, là c’est peu de le dire : le rendu n’a pas d’égal.

La fluidité et l’inventivité de ce type de productions ne sont plus à présenter et l’on aurait été bien en peine s’il avait fallu trouver des améliorations visuelles pertinentes à Toy story 3 ou à Dragons. La réponse de Rebelle est simple : réalisme. Nous sommes certes dans un univers tout numérique où les taches sont propres mais les lumières et les textures sont si riches que certains plans paraissent tirés d’un souvenir.
 
Les proportions des visages et de certains corps sont toujours exagérées à l’instar de l’intensité des couleurs mais un gap intéressant a été franchi, lorgnant vers l’aspect d’un film traditionnel comme Hugo de Scorsese penchait vers l'animation. De ce côté là, les animés ont toujours tentés de rivaliser avec l’émotion des acteurs de chair et d’os rajoutant leur folie et leur humour presque inégalable. Et même si les gags et la « sur fantaisie » inhérents au genre créent moins d’émerveillement avec le temps, par trop de systématisme, Rebelle est un tourbillon d’émotions quasi imparable.

La réalisation du trio AndrewsChapman et Purcell sublime le travail des animateurs et confirme à nouveau la suprématie technique du studio, maintenant assailli de postulants au titre de nouveau maître de l’animation. Le personnage du roi dans le film est d’ailleurs une sympathique allégorie du regard que porte l’alliance Disney-Pixar sur elle-même : Sa majesté, carrure de mastodonte et bonhommie charismatique, a fait s’agenouiller les trois clans belliqueux alentour. Et de l’aveu des ses anciens ennemis, il est le souverain incontestable. 

Si le plumage est divin, le ramage, sans être indigent, déçoit un tantinet. Vous n’aurez pas le temps de reprendre votre souffle, vous rirez aux éclats (maman ours, géniale trouvaille), quelques larmes couleront même derrière vos lunettes 3D… mais aussitôt l’avalanche finie, rien n’aura vraiment laissé de trace. La faute à des ressorts et une problématique éculés ne trouvant plus vraiment écho. Comme si l’histoire et ses émotions collatérales étaient aussi le fruit d’un calcul informatique. Un pattern complexe, issu d’une programme puissant : le cerveau humain n’y voit que du feu… et à trois, deux, un, hop ! Vous vous réveillez et ne reste qu’une agréable sensation.
 
A noter quand même une audace sur les figures imposées en la personne du méchant, plus souvent « MacGuffin’ » (d’ailleurs le nom d’un personnage) que physiquement présent et donc menaçant. Même si ce pan sombre du film n’est pas fulgurant, sa résonnance avec l’histoire de la famille royale est assez maline et donne au film une profondeur que Dragons, son pendant chez Dreamworks, avait axé sur une simple amitié. Le choix de situer l’aventure et le danger à faible distance du foyer de l’héroïne, confère à l’ensemble un sentiment d’insécurité plutôt pertinent. Mérida se juge légitime dans ses choix, noble dans ses élans. Pourtant, elle découvrira en elle, un égoïsme qui la conduira presque jusqu’à l’intolérable.
 
A un âge où l’animation commence à montrer le revers de son génie (Cars 2, Despicable me), où la tendance est molle et la technique presque illimitée, celui qui continuera à proposer une originalité véritable à tous les niveaux sera le roi. Rebelle reste néanmoins un divertissement assez magique qu’il serait dommage d’ignorer.
 
Un petit mot sur l’exceptionnel court-métrage présenté en première partie, « La luna ». Bijou de poésie et d’humour, le film est simplement scotchant de beauté.


Durée : 1h35

Date de sortie FR : 01-08-2012
Date de sortie BE : 01-08-2012
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 13 Août 2012

AUTEUR
Jérôme Sivien
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