Critique de film
Regression

Six longues années après l’échec de l’ambitieux et brillant Agora, Alejandro Amenábar est de retour sur le terrain du cinéma horrifique qui a marqué ses débuts avec Tesis. Initiateur en son temps de la vague des films de fantômes avec l'envoûtant Les autres aux côtés de Guillermo del Toro et M. Night Shyamalan, le cinéaste madrilène prend ici le train en marche en creusant le sillon du thriller sataniste qui envahit nos écrans depuis quelques années pour en déconstruire les codes et les croyances. Loin du puritanisme réactionnaire des récents Conjuring ou Annabelle dont Regression constitue l’antithèse absolue, Amenábar interroge notre rapport de spectateur au genre et à l'idéologie qui le sous-tend.

Entre science et religion

Derrière son titre aux accents « polanskien », Regression débute comme un récit d’enquête classique autour de cérémonies occultes et d’une affaire d’abus sexuel entre une jeune fille et son paternel. Les aveux du père enregistrés, un voile subsiste sur l’identité des autres participants. Policiers, notables, la ville entière est suspectée de prendre part à cette célébration qui défie les dogmes de l’église. Rituel satanique ? Affabulation ? Conspiration ? La clé du mystère se dérobe à la raison. Incapable de faire la différence entre rêve et réalité, hanté par des images de sacrifice de nouveau-né et de bacchanales démoniaques, l’inspecteur Bruce Kenner (Ethan Hawke) perd peu à peu pied dans ce combat entre les ténèbres et la lumière. Dans ce dédale de la mémoire où se dessine une issue incertaine, le Dr Kenneth Raines (David Thewlis) semble être le dernier rempart avant de sombrer la folie.

Le diable est dans les détails

Cette confrontation entre science et foi, incarnée d’une part par la figure du psychanalyste face à l’hystérie religieuse qui secoue la ville d’autre part, renoue avec l’aveuglement qui frappait les foules chrétiennes d’Agora vis-à-vis des travaux d’Hypathie d’Alexandrie. Le caducée et la croix latine s’affrontent mais se rejoignent dans leur dogmatisme. Fascinant dans sa peinture d'une communauté où la croyance prend le chemin de la paranoïa, Amenábar multiplie les parallèles entre science et religion (les scènes d’hypnose bercées par le balancement d’un métronome en forme de crucifix) et renverse les perspectives (l’utilisation de la caméra subjective pour illustrer l’angoisse qui contamine le récit), mais échoue à ressusciter l’émotion et le vertige qui saisissait le spectateur à la gorge au sortir de son péplum cosmologique.

Trop elliptique, entièrement tourné vers sa résolution finale, la mécanique de l'intrigue étouffe les personnages et empêche de créer une quelconque identification avec le point de vue de l'inspecteur Bruce Kenner. Le discours théorique l’emporte sur la poésie allégorique du cinéma de genre. Arrivée la résolution finale, la même déception s'empare du héros et du spectateur, face à une conclusion qui repousse l'argument fantastique pour n'esquisser qu'un banal fait divers.

Opus mineur dans la riche filmographie d' Amenábar, Regression est au final un film beau mais vain, et sonne comme une redite maladroite des précédents films de son auteur. Espérons que nous n'aurons pas à attendre à nouveau six ans pour effacer cette désagréable impression de déjà-vu.

Durée : 01h35

Date de sortie FR : 28-10-2015
Date de sortie BE : 28-10-2015
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Critique mise en ligne le 05 Novembre 2015

AUTEUR
Manuel Haas
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