Critique de film
Remember

Quand la chasse à l’homme est menée par un octogénaire tremblant de détermination, la poursuite des anciens commandants nazis prend une allure tout à fait singulière. Film en demi-teinte sélectionné en compétition officielle de la 72e Mostra de Venise, il parsème néanmoins de dérision une traque dès lors originale.

Zev n’a promis qu’une seule chose : à la mort de sa femme, il retrouverait l’ancien commandant responsable de la mort de toute sa famille à Auschwitz. Mais lui et son compère Max ont conscience qu’un procès public serait beaucoup trop long pour que justice soit faite. Il tuera donc cet homme lui-même selon les instructions de son ami. Leur postulat n’est pas sans soulever une question : comment et dans quelles circonstances juger les anciens criminels de guerre passé 90 ans ? Rappelons au passage que Klaus Barbie, alors jugé en 1983, n’a été incarcéré que huit ans avant de mourir… Mais Zev rencontre un obstacle de taille : sa mémoire est déficiente. Chaque fois qu’il se réveille, il ne sait plus où il est, il appelle sa femme, et n’a que la lettre de son ami pour le ramener dans sa réalité troublée. Pas évident le road-trip meurtrier semi-amnésique.

Dans un sens, le film d’Atom Egoyan propose un traitement atypique de la question nazie. On traînait des pieds à l’idée de voir encore et toujours la même mise en scène des atrocités, la même perspective des camps, les mêmes phrases toutes faites. Mais ici, ces tontons flingueurs en fauteuil roulant allègent le poids du passé. Si l’esthétique ne ressemble en rien à un Inglorious Bastard, le film s’en rapproche dans le balancement des scènes entre humour et fictionallisation dramatique de l’histoire.

Par contre, quand le film se veut émotionnel, il s’enlise dans une veine mélodramatique trop calculée et ne convainc plus. Quel dommage d’y trouver les fameuses répliques déjà entendues dix mille fois au cinéma (on est gentil). Quant au jeu, il est honnête mais n’a rien d’exceptionnel, voire même un cran en dessous du reste de la sélection officielle.

Le problème des films sur la poursuite des ex-SS à travers le monde, c’est qu’ils véhiculent un mythe désormais bien ancré. Le mythe de nombreux hommes partis aux quatre coins de la planète pour empêcher l’évasion des impunis, le mythe du citoyen lambda rempart aux failles de la justice mondiale. Dans son livre La Traque des criminels nazis, Serge Klarsfeld rappelle que le cinéma tout comme les romans véhiculent des axes de représentation fantasmée de ce qu’aurait été la traque de ces hauts dirigeants. Or, il s’agit du combat de quelques exceptions, tout comme l’imaginaire français se croit majoritairement résistant. Sauf que cet autre mythe, Robert O. Paxton le détruit en prouvant l’action de 2% de la population.

Si Remember est loin d’être le coup de coeur de cette compétition, son twist final est intéressant et le rythme rapide rend le film relativement captivant. En clair on se s’ennuie pas, on rit parfois, on passe tout de même un bon moment.

Durée : 01h35

Date de sortie FR : 23-03-2016
Date de sortie BE : (date indisponible)
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 14 Septembre 2015

AUTEUR
Claire Demoulin
[42] articles publiés

Le cinéma exerce sur moi ce pouvoir de substituer au regard un monde qui s’accorderait à mes d&...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES