Critique de film
Robin des bois

Etait-il vraiment nécessaire de nous faire un énième remake de Robin des Bois ? On a déjà mis des années à se remettre de celui où Brian Adams volait la vedette à Kevin CostnerRussel Crowe, justifiant sa participation à cette dernière version, compara d’ailleurs la précédente à un clip de Bon Jovi. Et à quoi donc pourrait-on comparer celui-ci ? Sans doute à un clip de Motorhead.

Dans notre imaginaire façonné en grande partie par Walt Disney, Robin des Bois était un homme rusé au verbe aristocratique qui avait choisi de défendre l’opprimé contre l’oppresseur et tout cela sans violence. Il était certes entouré d’une bande bigarrée de voyous mais il dégageait quelque chose que l’on pourrait comparer à du charme ou du charisme. Nous en sommes bien loin avec Russel Crowe qui nous rejoue un Gladiateur du Moyen-âge à l’expression aussi variée qu’une émulsion de borborygmes. Et dire qu’il s’est entraîné à chasser pied nu dans les forêts australiennes pour s’imprégner de son rôle. Jamais ne nous quitte l’impression tenace d’assister en fait au remake de Gladiator transposé dans la forêt de Sherwood. Même désir de vengeance qui anime les personnages, même volonté de triompher du mal, même évangélisme de la croisade, personnage à l’âme pure (symbolisé par l’affection des chevaux, des chiens et des femmes éplorées) qui, sans la moindre compassion, tranche des gorges ennemies et balance des gourdins dans leurs faces salies.

Pire, Ridley Scott succombe aux sirènes de la désormais classique genèse du personnage (batman, superman, freddy etc…). Et comme d’habitude, les héros sont des orphelins dont l’humanité a pris racine dans la souffrance. Leur soif de justice sanguinaire trouve un substrat idéal dans cette enfance meurtrie. Les scènes de combat n’en sont que plus jouissives, libératrices. Et ici on n’a pas lésiné sur les moyens, 130 millions de dollars pour faire la bagarre. Une fresque avec des centaines de chevaux, une musique instrumentale lourde, omniprésente, crescendo, un plan qui rappelle le débarquement de Normandie. Comme dans Gladiator, on assiste à un film qui n’est finalement qu’une grande scène de bataille. Et à la fin on doit se farcir l’archi pénible scène où le héros légèrement blessé, parce qu’il n’est pas surhumain, prend dans ses bras sa dulcinée et quitte le lieu du combat sous une pluie battante, avec les applaudissements de la foule en délire, même les morts se relèvent et sourient.

La perspective historique du film est noyée sous un imbroglio de trahisons et d’unions rocambolesques, les français finissent par parler anglais et inversement. Les rois complotent, les seconds fomentent, les barons s’en tamponnent et Russel alias Robin monologue sur l’idée d’une grande charte offrant la liberté aux vassaux du roi. Ca laisse aussi indifférent que la vague amourette entre Russel et Cate Blanchett (Marianne) qui n’est absolument pas crédible. On atteint un sommet de platitude quand perché sur son cheval le guerroyeur Russel dit à Cate ‘je t’aime Marianne’. On repense alors avec nostalgie à Rocky Balbao et son Adrienne, c’est tout dire. Franchement il faut avoir enfoui en soi tout désir d’évocation pour apprécier telle historicité brutale !

Durée : 2h20

Date de sortie FR : 12-05-2010
Date de sortie BE : 12-05-2010
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 12 Juin 2012

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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