Critique de film
Robocop

Ahhh le remake de Robocop…enfin! Après les souillures faites à Indy, les sublimes cross-overs faits dans le dos des Aliens et des predators et le prochain reboot de Mad Max, Robocop se fait "reseter" le programme devant nos yeux accablés d'ex-gamins des 80's.

Balboa, McClane, Rambo, Murtaugh et Riggs, tout le monde a fini par perdre sa dignité avec plus ou moins de tenue mais nos souvenirs sont indestructibles messieurs des studios, nous chérirons leurs genèses pour toujours. Juste, laissez McFly en dehors de ça, on vous laisse Maverick et Foley…deal?

Vous souvenez-vous de l'excitation qui a précédée, accompagnée et suivie votre première vision de Robocop ? Pouvez-vous encore goûter le soufre que dégageait le film à sa sortie, ce frisson de subversion ? Etiez-vous aussi éberlué que les flics du commissariat voyant déambuler pour la première ce mastard de 2m20 à travers les vitres dépolies du couloir ? Je peux vous dire que tout ceci est encore très vif dans ma mémoire. J'avais 9 ans lorsque j'ai vu le film de Verhoven en VHS chez un ami, le même m'ayant traumatisé à jamais avec The Thing ou Terminator. Traumatisé dans le bon sens, j'adorais qu'il me survende l'horreur de la moindre scène aujourd'hui anodine, ainsi je frissonnais d'avance en entendant que John McClane allait pisser le sang par les pieds, que John Matrix coupait un bras à la hache ou que John Rambo organisait un atelier couture sur sa propre personne. Notez qu'au moment de donner un prénom à son héros, on n'y allait pas par quatre chemins. Vous imaginez aisément que lorsque ce même ami (Stéphane pour ne pas le nommer) me décrivit toute en sadisme et postillons qu'un mec se prenait de l'acide puis éclatait, percuté par une voiture, j'étais entre la syncope et l'orgasme. Mais il y avait plus que cela dans l'histoire d'Alex Murphy, une noirceur, une violence qui vous étouffait, la vision d'un futur implacable qui, dans son côté grand-guignol, a laissé une empreinte bien plus dérangeante qu'il n'y parait. 

Alors, un quart de siècle plus tard, ressuscité par un business plan Hollywoodien gargantuesque, l'attente est plus que faible, on y va même à reculons. Pas autant qu'avec Robocop 3 mais pas loin. C'est évidemment sans saveur, sans intérêt et aussitôt oublié. La présence de grands noms au casting (Gary, on te compte pas pour le dîner? Tu cachetonnes ad vitam comme Bob ?) et d'une production solide font de cette nouvelle mouture un divertissement qui se tient…c'est flatteur, "ça se tient", non ? Au delà de l'obsession de tout recycler, le mal de ce début de siècle est de tout mettre en noir, exit humour, sexe, gore ou couleurs, tout est compressé, terni et croule sous le sceau du sérieux. C'est toujours faiblard dans le fond mais, cette fois, c'est sérieux. Donc ça a quand même l'air beaucoup plus chiadé. Pourquoi ? Parce que c'est sérieux. Et noir. Vu sous cet angle...

Alors fatalement, rien n'est fun ici: Abbie Cornish répète ses gammes de pleureuse, Samuel Jackson incarne bien le cynisme, Jackie Earle Haley est un gros salaud cynique et Jay Baruchel incarne bien le cynisme aussi. C'est fort, j'en tremble encore. Et puis il y Mickael Keaton qui est bon, je me faisais la réflexion, on s'en fout toujours un peu de Keaton mais il est super ce mec! Euh, voilà, sinon l'armure est bien, la CGI aussi…ah, on peut mentionner aussi la présence d'Omar de The Wire. C'était bien The Wire. Il était impressionnant dans The Road également, un rôle bref mais puissant, très émouvant. Pardon Robocop, oui, donc, en gros c'est franchement creux, souvent débile, sans charme, Joel Kinnaman s'en sort plutôt mais peu importe et Oldman est perdu pour la France. Dredd avait un angle, une radicalité qui le rendait stimulant, là vous débouchez sur quoi à part une édition Bluray du film original ? Ah ça oui, deux heures bien investies! 

Durée : 1h57

Date de sortie FR : 05-02-2014
Date de sortie BE : 07-05-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 03 Février 2014

AUTEUR
Jérôme Sivien
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