Critique de film
Sacro GRA

Mostra de Venise 2013: Stephen Frears, Xavier Dolan ou Hayao Miyazaki font figure de favoris. Contre toute attente, le Lion d’Or revient à Sacro GRA de Gianfranco Rosi. Couronnement mais aussi suite logique pour le réalisateur-documentariste d'origine italienne formé à New-York. Ses œuvres précédentes (consacrées à l’Inde des boat-people, au quart-monde des Etats-Unis ou aux cartels mexicains) alignent déjà les distinctions des festivals internationaux. Depuis, le choix du jury de la Mostra et de son président Bernardo Bertolucci a redonné une impulsion à la santé sous perfusion du cinéma documentaire. En Italie, la sortie de Sacro GRA a été accueillie avec un succès à la fois critique et public, phénomène quasi sans précédent dans la péninsule.

Pendant deux ans, Gianfranco Rosi a parcouru le boulevard périphérique de Rome. Par petites touches impressionnistes, le réalisateur observe de multiples décors et personnages. De l’ambulancier au pêcheur d’anguilles en passant par les prostituées, ces êtres n’ont de commun que l’exercice d’activités reliées au périph’, d’une façon ou d’une autre.

Dans la langue de Dante, « Sacro » signifie « Sacré ». Le GRA ou « Grande Raccordo Annulare » c’est le boulevard périphérique de Rome. À priori, l’association surréaliste de ces deux termes dissimule bien des métaphores. Mais au terme de la projection de Sacro GRA, nos interprétations possibles paraissent toutes hors-sujet. Le film ne nous a pas donné assez de clés pour trouver un sens à son propre titre. En ce sens, ce titre/oxymore est parfaitement bien choisi. Sacro GRA est bâti sur des rapprochements et parallèles entre des situations à priori dissemblables. Malheureusement le spectateur se perd devant ces associations opaques, à tenter d’extraire le sens d’un empilage de séquences sans aucun lien apparent entre elles, si ce n’est la mince présence (visuelle et/ou sonore) du fameux GRA dans les environs.

Et c’est bien le problème majeur de Sacro GRA. Le film repose sur une idée formelle. Le périphérique produit des saynètes dont la mosaïque d’ensemble est sensée dégager un sens plus grand. Belle idée sur le papier, stérile sur une heure trente de film. Le principe d’une construction (comme le GRA) qui lie plusieurs personnages se retrouve aussi à plus petite échelle dans le film, de manière tout aussi laborieuse. À plusieurs reprises, Gianfranco Rosi nous montre la vue extérieure d’un immeuble de type H.L.M.. Ce plan d’ensemble est suivi de quatre saynètes montrant les habitants de cet immeuble. Pour chacune d’entre elles, le cadre est identique, la caméra placée à l’extérieur, sur des pièces similaires. Toutefois, aucun élément narratif ou émotionnel ne relie les quatre vies observées, qui semblent de fait, indépendantes. À plus petite dimension, ce dispositif révèle l’échec général de Sacro GRA : du procédé filmique (répétition du même cadre sur des intérieurs similaires) ne découle jamais ni sens, ni narration.

Si on les considère une à une, les scènes qui composent Sacro GRA, sont très inégales en intérêt. D’une situation gentiment cocasse et quelques personnages bien croqués, on bascule souvent dans l’anodin le plus total. Si elles bénéficient toutes d’un travail de cadre plutôt réussi, ces séquences sont souvent maladroites, voire vides de sens. D’une métaphore lourdingue de l’Italie d’aujourd’hui (un palmier rongé par la vermine), à un making-of de roman-photo rigolo mais injustifié. Quand le réalisateur n’oppose pas directement des pauvrettes qui font le trottoir à des aristocrates qui font de l’équitation, ou qu’il place dans le même cadre un circuit de voitures télécommandées et le GRA lui-même. Amusant certes, transcendant sûrement pas.

Sacro GRA doit tout de même être salué pour son extrémisme. Gianfranco Rosi y accomplit le fantasme de bien des réalisateurs de documentaires: son film ne recourt à aucune interview (face caméra ou en situation) et n’utilise pas de voix-off. La discrétion de la caméra et du metteur en scène est poussée au maximum (pas de regards caméra). Si ce parti pris est tenu jusqu’au bout, on ne peut pas dire que le pari soit gagné. La simili-narration complexe que propose Gianfranco Rosi n’est que le cache-misère des lacunes de point de vue de cinéaste. Le réalisateur dit tout miser sur le spectateur, qui devrait lui même effectuer les parallèles et rapprochements en fonction de son humeur. On pourrait y voir le geste d’un cinéaste exigeant. C’est en fait une solution facile et paresseuse, l’aveu d’un cinéaste qui n’a jamais su pourquoi il tournait son film. Poudre aux yeux du jury vénitien, Sacro GRA ne raconte rien.

Réalisateur : Gianfranco Rosi

Acteurs : (Indisponible)

Durée : 1h33

Date de sortie FR : 26-03-2014
Date de sortie BE : 16-04-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 06 Mars 2014

AUTEUR
Olivier Grinnaert
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Je fus initié au cinéma dans les années 80 par le gérant d'un vidéo-club pr...
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