Critique de film
Samba

19 440 920 spectateurs s'étaient rendus en salle pour découvrir Intouchables en 2011. Environ 1 français sur 3. Quand on sort d'un succès aussi impressionnant il est forcément difficile de se relever. Peur de décevoir, comparaison forcément permanente avec le film précédent, pression du public etc... Le duo Toledano/Nakache a pourtant gardé les pieds sur terre et propose finalement ce qu'ils savent faire de mieux. Une comédie dramatique sociale dont l'ingrédient principal est le feel-good. Qu'est-ce que le feel-good ? Un terme un peu marketing qui a pénétré récemment le champ lexical de la critique cinéma pour définir un genre de cinéma qui traite de sujets pas nécessairement ou immédiatement comiques mais qui parvient à les traiter de manière légère et positive. On mesure le niveau de feel-good d'un film à la largeur du sourire des spectateurs à la sortie de la salle (et également, mais dans une moindre mesure, à la brillance de leurs regards embués de larme). Exemples récents : Slumdog Millionnaire, Intouchables bien évidemment ou encore il y a quelques semaines Pride. Le sujet de Samba c'est l'immigration. C'est Samba justement, incarné par Omar Sy qui est un immigré sénégalais depuis 10 ans en France et qui se retrouve le couteau sous la gorge, condamné à être clandestin ou à repartir au pays. Dans sa mésaventure il rencontre Alice, une cadre de l'agro-alimentaire qui après un violent burn-out dans son travail se lance dans l'aide aux immigrés clandestins au sein d'une association.

Insaisissable

Sur base de son pitch il est facile d'imaginer une comédie romantique mâtinée d'un propos social. Ce qu'est indéniablement Samba. Toutefois le film ne tombe jamais dans des stéréotypes de genre. Son aspect comédie romantique est finalement très léger et ne répond pas du tout à la construction canonique du genre (grossièrement : rencontre, séduction, bonheur, rupture, retrouvailles, mariage) et le traitement de son sujet social évite la caricature. On n'échappe totalement au misérabilisme que l'on pouvait craindre. Le film n'insiste jamais sur les conditions de vie difficile de Samba, ne parle jamais d'argent, des gens qui lui manquent laissés au pays, de la solitude etc... Bien sûr nous le voyons enchaîner des boulots peu gratifiants et difficiles, nous le voyons craindre à tout moment un contrôle de police qui pourrait lui être fatal mais une fois de plus le duo de réalisateurs ne cherche jamais à enfoncer leur personnage dans une quelconque misère sociale ou affective. Ce qui est finalement assez frappant dans Samba ce sont ces deux personnages principaux. Loin d'être des caricatures ils sont de fait assez singuliers et un peu insaisissables. Surtout le personnage d'Alice, la cadre dépressive incarnée par Charlotte Gainsbourg (comme toujours impeccable même si son rôle de dépressive chronique frise la redondance après Nymphomaniac et 3 Coeurs) qui est, disons le, relativement antipathique et désagréable. Elle nous explique ses douleurs, ses problèmes (un burn out dû à un travail trop stressant qui a finit par lui gâcher la vie) mais on a du mal à se raccrocher à elle. Il n'y a pas assez de « lacher prise » dans ce personnage, pas assez de passion. Les moments romantiques semblent gauches et ratés. Samba de son côté est également un personnage plus trouble qu'il n'y paraît. Trahissant un ami (sous-intrigue d'ailleurs un peu superflue, surtout dans sa conclusion un peu abracadabrantesque), refusant de travailler au tri des déchets car n'aimant pas l'odeur il n'est pas le personnage immédiatement attachant que l'on aurait pu imaginer.

Du cinéma populaire singulier

Autour d'eux gravitent deux personnages plus légers qui apportent un peu de vitalité à l'ensemble. D'un côté Izia Higelin en collègue de l'association et Tahar Rahim en imigré brésilien. Ce dernier sera d'ailleurs le pourfendeur des purs moments de légéreté feel-good comme cette danse sur une plate forme de nettoyage de building ou lors d'une autre scène de danse sur du Bob Marley qui rappelle évidemment (à dessein certainement) la cultissime chorégraphie d'Omar Sy sur Kool & the Gang dans Intouchables. Ces deux personnages sympathiques disparaîtront du scénario de manière assez inexpliquée dans un dernier acte qui se prend un peu les pieds dans le tapis allant trop vite et concluant plutôt mal ce qu'il avait entrepris jusqu'alors (même si une fois encore cette fin échappe totalement à la conventionnalité que l'on pouvait attendre ou craindre).

Bien mais pas top

C'est donc un film singulier, pas du tout un film à formule comme il aurait été facile de faire pour le duo. On peut leur reconnaître ça, c'est courageux et assez déstabilisant au final. Cependant le résultat laisse un peu indifférent. L'humour très en retrait fonctionne une fois sur deux (le meilleur gag, celui des chaussures, étant d'ailleurs dans la bande-annonce), l'émotion est évanescente, le film est loin d'être bouleversant. On retrouve une fois de plus cette ambition d'un cinéma populaire qui a l'ambition de parler de la société comme l'était Intouchables (le film reproduit d'ailleurs le même schéma de confrontation de deux classes opposées qui se nourrissent l'une l'autre, tente de nouer une relation inattendue) mais ici ça semble fonctionner moins bien. Au final on loue sa singularité, hors des schémas archétypaux auquel le cinéma français populaire nous a souvent habitué, mais on a quand même du mal à s'enthousiasmer pour ce film un peu antipathique, peu chaleureux (la fin, un peu expédiée laisse un sentiment très mitigé) et peut-être (mais seulement peut-être) un peu raté. Il faudra pour le vérifier se poster à la sortie des salles et mesurer scientifiquement la largeur des sourires et la brillance des regards. Les échantillons devraient être nombreux.

 

Durée : 1h58

Date de sortie FR : 15-10-2014
Date de sortie BE : 15-10-2014
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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karibou
14 Janvier 2018 à 01h15

je ne suis pas d'accord avec la conclusion faite du film, je l'ai trouvé vraiment touchant et le duo qui semble incompatible au début fonctionne à merveille! L'humour est très fin à certains moments et il y a un mélange d'émotions quelques fois ou on rit avec les larmes aux yeux...Pour moi, l'humour marche à 100%. Ce film est une belle histoire très bien écrite par Nakache et Toledano (comme d'habitude d'ailleurs) qui mérite autant de succès que Intouchables et n'a rien à lui envier! ;)
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Critique mise en ligne le 15 Octobre 2014

AUTEUR
Grégory Audermatte
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