Critique de film
Sea Fog

Sous la houlette de Bong Joon Ho (voir notre dossier), producteur et co-scénariste pour l’occasion, réalisé cette fois Shim Sung-Bo par le scénariste de Memories of Murder, Sea Fog (Les Clandestins) est une sorte de Titanic cauchemardesque, survival horrifique en pleine mer, où grosso modo les nantis ayant accès aux étages supérieurs et au pont seraient l’équipage d’un bateau de pêche et les troisièmes classes, ceux qui sont entassés dans les cales, de pauvres migrants sino-coréens. Et au milieu de cette fracture sociale, une idylle naissante.

Sea Fog, adapté d’une pièce éponyme, est une nouvelle démonstration de mise en scène du producteur de Snowpiercer, sa patte survole le film comme un goéland, l’entoure de sa bienveillance comme un linceul de brouillard marin. Ça pourrait être un film de Bong Joon Ho, ça en a la couleur, le directeur de la photo est celui qui a éclairé Snowpiercer et Mother mais ça n’en est pas tout à fait un… curieusement ce qui manque au film c’est peut-être un scénario un peu plus solide et un crescendo de la tension plus maîtrisé, plus l’intrigue avance, plus elle semble patiner sur le sol glissant de ce ponton de la terreur.

Il s’agit naturellement d’un film de genre et on l’apprécie pour son punch et sa folie, pour son refus du compromis et pour le cap qu’il tient tendu jusqu’au bout, énervé et sanguinaire, obsédé et furieux. Sur ce bateau fantôme, relique d’un monde en train de disparaître, les hommes privés de leur équilibre naturel, deviennent tous des chasseurs sexuels, on peut le comprendre, est-ce un cliché de dire que les marins ont des femmes dans chaque port ? Le duo Bong Joon Ho et Shim Sung-Bo en rajoute pourtant des couches, hésitant entre la romance et le film d’horreur, une horreur réaliste et fruit des circonstances (je ne vous révèlerai évidemment rien des différents climax qui affolent la pellicule) mais rendue parfois inopérante par son souci d’être contrebalancée par l’humour, troisième sous-genre de ce thriller.

Le film peine parfois à interroger l’ambiguïté de l’homme, écartelé entre le bien et le mal, ce qui était pourtant son ambition première, sans verser sans doute volontairement dans le burlesque, mais trop maladroitement à mon goût. C’est pourtant ce qui fait la plupart du temps la force du cinéma coréen, ce ton entre deux ou trois eaux. Ici, je le trouve raté. L’humour est souvent au ras des vagues, nettement moins maîtrisé que le basculement dans l’horreur crue. Ne m’en déplaise, le film, merveille d’une mise en scène à plusieurs étages est bien au-dessus de la moyenne et le jeu constant entre la lumière, l’obscurité de l’océan et le déluge marin, est un modèle du genre. 

Réalisateur : Sung Bo Shim

Acteurs : Yun-seok Kim, Park Yu-chun, Han Ye-Ri

Durée : 1h45

Date de sortie FR : 01-04-2015
Date de sortie BE : (date indisponible)
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Critique mise en ligne le 03 Mars 2015

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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