Critique de film
Sexy Beast

Gary subit le feu sur sa peau graisseuse. Il se laisse cramer au soleil. C’est désagréable mais au fond, c’est ce qu’il aime. Attendre sous le ciel d’Espagne que le temps file et épargne son cul d’anglais exilé. Il appose son ennui au bord de l’eau claire de sa piscine en mosaïque en attendant inconsciemment un signe venu d’ailleurs. Puis la terre, un énorme rocher dévale la colline pour venir s’écraser au fond de l’eau dans laquelle Gary s’apprêtait à plonger. Le film démarre et nous prépare à un étonnant voyage. Le feu, l’eau, la terre comme pour préfacer les déchainements à venir. Gary, c’est Ray Winstone, mais c’est surtout un beauf nouveau riche, malfrat retraité qui, depuis quelques années, laisse couler. L’argent sur les toits, la sueur sur son front, la bière partout ailleurs, dégoulinent. D’une certaine manière c’est ce qui lui plait, l’opulence de la lassitude friquée. Mais un homme, une tornade viendra secouer ce petit bonheur suicidaire : l’impétueux Don Logan (hallucinant, halluciné Ben Kingsley).

Les premiers plans sont laids, comme les personnages qui les habitent. Trop brillants, trop blancs, trop bronzés, trop gras. Les personnages fabriquent le vide dans lequel ils se vautrent et c’est là, dans toute sa simplicité, que le film puise sa force. Voir évoluer une poignée de nouveaux riches anglais à la fortune douteuse, chasser le lapin, lutter contre la chaleur et contre eux-mêmes, contre leurs hallucinations gênantes, n’aurait jamais été aussi passionnant si les scénaristes n’avaient pas plongés tête la première dans les travers du polar anglais morcelé d’ultra violence et d’insultes incompréhensibles. L’écriture aurait dû commencer là où elle s’est arrêtée avec l’arrivée d’un deus ex machina primitif quoique vivant intensément au travers du visage d’un Ben Kinglsey en sur-jeu permanent. L’intrigue poussive ennuie alors que les enjeux sont inexistants. Deux hommes se battent pour savoir si l’un est toujours malfrat ou pas. Ca dure, puis ça s’arrête, et on recommence là où l’on nous avait laissé… Pas bien loin.

Reste cependant une mise en scène habitée et stylisée, qui parfois énerve mais hurle son envie, à chaque plan, de créer quelque chose. Du nouveau avec du vieux ou l’inverse mais amener la touche personnelle et ambitieuse d’un clippeur de génie dans un scénario foutraque et indigeste. Difficile à suivre, difficile de s’y accrocher, on y voit pourtant un avenir, peut être une œuvre en construction dont la mire n’aurait été que mal utilisée, dont les afféteries resteraient à justifier.

La bête est là, loin d’être sexy. Elle aurait pu exciter les voyeurs que nous sommes si elle avait d’avantage pénétré l’humain, mais voilà, des gangsters anglais en Espagne ne prêtent pas à l’investigation, mais plutôt à la gratuité, à l’opulence et à l’ennui dans lequel on nage et on se noie avec le héros.

Durée : 1h29

Date de sortie FR : 17-01-2001
Date de sortie BE : 17-01-2001
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 21 Juin 2014

AUTEUR
Lucien Halflants
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Rédacteur aux textes ouverts à travers une forme souvent lyrique. Et puisqu'en matière de perce...
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