Critique de film
Souvenirs de Marnie

Il y a quelques mois le Studio Ghibli annonçait la fermeture temporaire de sa filiale production de films. Cette annonce était rendue inéluctable par les très mauvais chiffres au box-office japonais de ses deux derniers films, Le Conte de la Princesse Kaguya d’Isao Takahata et Souvenirs de Marnie du jeune réalisateur Hirosama Yonebayashi. Si on peut s’étonner du peu d’intérêt qu’a suscité le magnifique Conte de la Princesse Kaguaya, on comprend aisément ce qui a pu décontenancer les fans de Ghibli dans Souvenirs de Marnie qui ressemble davantage au manga Candy qu’à une œuvre labellisée Miyazaki et consorts.

L’histoire inspirée du roman When Marnie Was There de Joan G. Robinson de facture réaliste a de quoi rebuter : une jeune fille orpheline est envoyée par sa tutrice chez son oncle et sa tante qui vivent à la campagne pour soigner son asthme. Solitaire et introvertie, Anna va retrouver goût à la vie en faisant la rencontre spectrale de Marnie, une petite fille blonde venue d’un autre temps et avec qui elle devient amie. Gonflé au pathos et boosté à l’accélérateur de glandes lacrymales, Souvenirs de Marnie est une production Ghibli en mode mineur.

Tout commençait pourtant bien. Anna dessine dans un parc, elle est au cours de dessin en plein air, elle est en train de gommer un personnage sur sa feuille quand son professeur lui demande de lui montrer son épreuve, elle rougit, hésite à lui montrer, puis un enfant tombe d’une balançoire hors champ, le professeur se détourne d’Anna sans avoir vu son dessin, la petite fille déçue se parle à elle-même : « Je me déteste », sa colère intériorisée provoque alors une crise d’asthme. Cut. On retrouve Anna dans son lit, un médecin et sa mère adoptive à son chevet.

La mise en abyme d’un dessin dans le dessin animé, de la jeune dessinatrice qui manque de confiance en elle, le personnage soudainement gommé de la feuille, tout cela inaugurait d’une réflexion sur le métier de dessinateur, comme un épilogue à la révolution Ghibli… rien de tout cela, Souvenirs de Marnie est davantage une réflexion sur l’identité, la filiation, un film démultipliant le classique ressort de tout bon dessin animé, un personnage orphelin à la recherche de ses racines, et elles sont ici mouvantes, sablonneuses, à l’image de ces marais qui entourent les songes d’Anna.

Le principal écueil du film tient à sa structure complexe, entre songe et réalité. C’est propre aux enfants et le réalisateur l'a parfaitement saisi, ils s’inventent des mondes et des amis imaginaires pour combler leurs manques ou tout simplement par propension à créer. Anna est orpheline, elle n’aime pas sa tutrice qu’elle soupçonne d’être payée pour s’occuper d’elle, la dame est pourtant aimante et dévouée, elle développe donc une capacité à s’inventer une vie qui répondrait à ses interrogations et à sa frustration de ne pas connaître sa vraie mère. Mystique ou psychanalytique le chemin d’Anna, balisé de marées et de perte d’équilibre n’est certainement pas compréhensible par un enfant. Ghibli ne s’est certes jamais uniquement adressé aux enfants mais l’univers des dessins animés leur a toujours été accessible, Souvenirs de Marnie les mettre rapidement sur la touche, ce qui explique peut-être en partie le désamour du public japonais.

Le dernier Ghibli me rappelle les dessins animés de mon enfance, engoncés dans un sérieux déprimant, remâchant la thématique de l’orphelin, prisonniers d’une tristesse caractéristique. Anna pleure, repleure, prend Marnie dans ses bras, elles sont malheureuses, ressac et marée haute.

Déjà dans Arrietty, le petit monde des chapardeurs, son premier long métrage, le réalisateur Hirosama Yonebayashi avait montré toute l’étendue de son talent, les détails des intérieurs de Marnie rappellent ceux d’Arietty et la splendeur des extérieurs, mouvement de l’herbe, des vagues, faune et flore, luminosité tout est beau à se damner comme c'était déjà le cas dans Arrietty. C’est beau mais ce n’est plus mélancolique. On le soulignait déjà dans notre critique d’Arrietty, Yonebayashi en fait des caisses, surligne tout et délivre un scénario alambiqué à la conclusion tire-larmes. Yonebayashi n’a ni la puissance évocatrice et surnaturelle de Miyazaki, ni la force poétique de Takahata. C'est dommage de terminer sur cette note, il est à présent temps de nous replonger dans les oeuvres précédentes du studio dont nous sommes à notre tour orphelins, les reparcourir une à une et espérer qu'un jour les souvenirs de Ghibli accouchent d'un futur.

Réalisateur : Hiromasa Yonebayashi

Acteurs : (Indisponible)

Durée : 1H43

Date de sortie FR : 14-01-2015
Date de sortie BE : 11-02-2015
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 15 Décembre 2014

AUTEUR
Cyrille Falisse
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Créateur et rédacteur en chef du site, j'ai toujours eu deux maîtresses : l'écr...
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