Critique de film
Split

La fascination pour les freaks a toujours été la marque de M. Night Shyamalan et dans Split le scénario ne cesse de souligner cela. Il y a bien sûr Kevin Wendell Crumb, le personnage principal, qui est atteint de schizophrénie aiguë : 24 personnalités l’habitent. Et puis, parmi les trois adolescentes qu’il kidnappe au début du film, l’une se révèle bien moins sociable et extravertie que les des deux autres : Casey. Des flash-backs ponctuent le récit et nous révèle l’épisode traumatisant de son enfance, c’est d’ailleurs le point commun qu’elle a avec son ravisseur, qui a aussi eu une enfance malheureuse.

Le dénouement s’articule même sur ce point : Kevin est soudain pris d’empathie pour sa victime, quand il découvre qu’elle aussi a été façonnée par la souffrance. Étrangement, avant cette scène seule une allusion dans un dialogue et un flash-back furtif expliquent le traumatisme de Kevin. On a l’impression que cet aspect du drame a été raboté lors du montage et que le film aurait dû être encore plus long. On comprend que M. Night Shyamalan et son équipe de production n’aient pas voulu alourdir davantage le scénario du film, mais il demeure malgré tout un déséquilibre dans le récit. À cela s’ajoute la schizophrénie aiguë de Kevin - véritable clé de voute du film - qui crée des impasses visuelles que le réalisateur s’est efforcé de minimiser, à défaut de pouvoir les éviter. En somme, Split donne l’impression d’avoir été dépassé par l’énormité de son postulat. Pour preuve, sur les 24 personnalités de Kevin, le film ne nous en montre que huit. On s’ennuie malgré tout de voir ces personnages se succéder dans le sous-sol désaffecté qui sert de logement à Kevin et où la majeure partie du film a lieu.

Difficile de tenir pour responsable James McAvoy. Dans ce rôle huit en un qui semblait prédestiné pour les Oscars (c’est raté, l’acteur n’a pas été nominé), il s’en sort plutôt bien, mais à l’image du film, son interprétation reste dans des chemins bien balisés. Les différents personnages qu’il incarne tour à tour nous montrent la palette élémentaire de l’Actors Studio : l’homme normal en qui sommeil un psychopathe, l’enfant naïf et facétieux, une quinquagénaire douce-amère… Cette prise de risque minimale est d’autant plus regrettable que le film laisse entrevoir ce que rendait possible la complexité psychologique de Kevin. Lors d’un dialogue avec sa psychothérapeute, Dennis (la personnalité de Kevin à tendance psychopathe) se fait passer pour Barry (une personnalité de Kevin excessivement affable). Dans ce jeu de cache-cache mental, la perspicacité de la psychothérapeute finit par faire tomber le masque : dans un gros plan sur le visage de James McAvoy, une simple variation du regard éclipse Barry et c’est Dennis qui apparaît enfin, devant nos yeux. Ce moment grisant nous rappelle que M. Night Shyamalan excelle quand il s’agit d’apparitions. Dans Sixième Sens, il les déclinait non seulement au premier degré avec des jumpscares, mais surtout la révélation à la fin du film effectuait un renversement dramatique qui faisait soudain apparaître le sens caché du récit.

Dans Split aussi culmine une apparition : celle de « la bête », la vingt-quatrième personnalité de Kevin. Cette entité surhumaine devient petit à petit l’enjeu principal du drame, si bien que les dédoublements rendus possible par la schizophrénie de Kevin sont alors ignorés. Si dans les premières minutes il y a un réel plaisir à découvrir les capacités de super-héros de ce Mr. Hyde, cette transformation est tellement annoncée dans le film que son effet sur le spectateur reste limitée. On regrette que ce monstre engloutisse peu à peu tout le reste, même si c’est justement sa force canalisante qui permet à M. Night Shyamalan de conclure un récit jamais dompté.

Julien Zimmer

Durée : 1h57

Date de sortie FR : 22-02-2017
Date de sortie BE : 22-02-2017
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
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Critique mise en ligne le 19 Février 2017

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