Critique de film
Spotlight

Nécessaire et passionnant de bout en bout, Spotlight réhabilite la fonction journalistique en collant au plus près de la réalité du quotidien d’une petite équipe de journalistes d’investigation (du Boston Globe), déterminée à révéler la complicité de l’Église catholique dans plusieurs affaires retentissantes de pédophilie et à faire tomber le système politique, juridique et religieux qui a permis ces exactions. Tom McCarthy épouse la rigueur et la sobriété de son sujet, colle aux faits (réels), à ses personnages et développe une réflexion brillante et pétrie d’humanité sur le journalisme comme « contre-pouvoir aux institutions les plus puissantes ».

Une ode au journalisme d’investigation

Placé sous la filiation des Hommes du Président (assumée ouvertement), Spotlight est une ode au journalisme d’investigation et à ses acteurs. Qui cherchent, qui enquêtent, qui dénoncent. Librement. Sans compromission. Mus par la seule volonté de faire éclater la vérité. Obsédés par leur quête (on pense parfois au Zodiac, de David Fincher). La grande qualité du nouveau film de Tom McCarthy est d’épouser par sa forme le point de vue de ses personnages. D’une sobriété exemplaire, « sans adjectif » (dira le nouveau rédacteur en chef, Marty Baron), Spotlight nous fait pénétrer les arcanes d’une rédaction du début des années 2000 (belle reconstitution) avec la même rigueur que Sacha (Rachel McAdams) cherche à recueillir les témoignages les plus précis des victimes. Qualité rare dans un film hollywoodien adoubé par les Oscars, Tom McCarthy laisse la place à l’intelligence du spectateur, observe sans jamais surligner : « On ne voulait pas que la caméra soit intrusive afin de laisser de l’espace aux personnages. » Et donc au spectateur. Pour autant, cette rigueur n’est pas synonyme d’austérité. Le film est haletant, enlevé, porté par un scénario dont on découvre les multiples facettes (en même temps que les journalistes) au fur et à mesure que l’enquête avance. Porté aussi par la grande fluidité du récit, glissant d’un personnage à un autre, souvent en montage alterné, sans se perdre dans la complexité de l’intrigue et la profusion des intervenants. Simple, clair, efficace. En somme, les qualités d’un bon papier…

Un maillon essentiel au fonctionnement de nos sociétés

Sur un sujet somme toute casse-gueule (la révélation d’un scandale de pédophilie au sein d’une institution séculaire et puissante), Spotlight réussit donc le pari ambitieux de dénoncer sans jamais être édifiant. Il observe une enquête qui démonte les mécanismes par lesquels la collusion entre les institutions peut aboutir à de telles horreurs. Le résultat est d’autant plus passionnant que le film est uniquement appréhendé par le prisme de ses « héros » : les journalistes. Leur travail quotidien. Leur humanité. Les personnages ont été dessinés en collaboration étroite avec les véritables protagonistes de cette histoire et leur caractérisation précise s’en ressent. Ils sont surtout incarnés par un casting 4 étoiles : Michael Keaton, Mark Ruffalo, Rachel McAdams, Liev Schreiber, John Slattery, Bryan d’Arcy James… Chacun donne à son personnage une part d’humanité. Aucun n’est vraiment aimable a priori, puisque leur vie privée ne nous est que peu dévoilée. C’est leur rapport à leur travail qui les révèle par petites touches au spectateur.

À l’heure où l’on peut craindre la disparition des enquêtes au long cours au profit des chaînes d’information en continu (outils de communication) ou des contenus internet (où l’on trouve tout et n’importe quoi, faut-il le rappeler ?), à l’heure où le journaliste est de plus en plus dénigré (parfois à juste titre), Spotlight est un outil salutaire de réhabilitation du rôle essentiel des journalistes d’investigation, contre-pouvoir aux institutions les plus puissantes. Tom McCarthy en fait des « héros » parfois imparfaits mais essentiels au fonctionnement de nos sociétés.

Durée : 2h08

Date de sortie FR : 27-01-2016
Date de sortie BE : 03-02-2016
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Guillaume SAKI
23 Avril 2016 à 20h17

Bonjour et merci pour votre retour. Le film semble effectivement un peu austère, parce qu'il est exclusivement centré sur le travail des journalistes d'investigation. Travail rigoureux, difficile, long et parfois ingrat. A mon sens, c'est vraiment la grande vertu de SPOTLIGHT, celle de remettre en lumière le rôle essentiel des journalistes. Dans une forme aussi rigoureuse que celle nécessaire à leur travail. La pédophilie, l'Eglise, n'est qu'une toile de fond au final. On peut le regretter, mais ça donne au film quelque chose de beaucoup plus universel.

Jamin
22 Avril 2016 à 16h15

Bon film en effet mais qui manque selon moi d'incarnation. On ne voit jamais réellement de prêtres pédophiles, ils semblent être absents de cette histoire alors qu'ils en sont au coeur. Seule la communication officielle de l'église fait office de contre-argumentaire au travail journalistique. J'aurais aimé voir l'audition des prêtres accusés, comprendre l'absurdité de la position défendue par l'église etc., ce qui aurai pu rendre le film moins austère.
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Critique mise en ligne le 31 Janvier 2016

AUTEUR
Guillaume Saki
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