Critique de film
L'empire contre-attaque

Il n’y a pas si longtemps, dans une galaxie pas si lointaine, George Lucas savait reconnaître les limites de son talent…

En 1977, le premier film estampillé Star Wars devient rapidement le plus rentable de tous les temps. Surprise générale à Hollywood, où un four semblait taillé pour le délire d’un George Lucas gavé de sérials, de comics et de fantasy. En 2014, les faits sont connus : durant la production d’Un nouvel espoir, le réalisateur est conspué par toute son équipe, les effets spéciaux sont calamiteux et les projections tests (sans musique finale) catastrophiques. Sauvé in extremis par ses collaborateurs, George Lucas doit le respect éternel à son monteur Paul Hirsch (collaborateur régulier de Brian De Palma) et bien sûr à John Williams et sa sensationnelle partition.

Lorsqu’il entame la production de L’Empire contre-attaque, le créateur de Star Wars n’est pas encore remis du cauchemar vécu sur Un nouvel espoir. Il cède la réalisation au solide Irvin Kershner, son ancien professeur à U.C.L.A.. Deuxième bonne résolution, George Lucas confie le scénario à Lawrence Kasdan (après un premier jet signé Leigh Brackett, collaboratrice d’Howard Hawks). Le travail de ces deux recrues conduira à l’aboutissement narratif et technique de L’Empire contre-attaque, cinquième épisode de la saga, souvent considéré comme le meilleur des six.

« The Force is strong in you, young Skywalker, but you are not a Jedi yet! ». Quelques temps après les évènements d’Un nouvel espoir, les méchants de l’Empire intergalactique, menés par le charismatique Dark Vador, font toujours la loi dans la galaxie lointaine. De leur côté, les gentils Luke Skywalker, Leïa Organa et Han Solo ont rejoint les troupes rebelles sur Hoth, la planète des glaces (ce qui lève un coin du voile sur l’humour ravageur de George Lucas). Après quelques bobines, les troupes impériales attaquent la base rebelle. Dans leur fuite, nos héros se séparent. À bord du Faucon Millenium, Solo et Leïa sont pourchassés par la flotte impériale. De son côté, Luke part à la recherche de maître Yoda, susceptible d’achever sa formation de chevalier Jedi.

Lors de la mise en chantier de L’Empire contre-attaque, le succès de l’épisode précédent ne laisse pas de doute: il y aura trois films. L’Empire contre-attaque est immédiatement envisagé comme le chapitre central d’une trilogie. Selon une règle dramaturgique respectée comme parole d’Evangile à Hollywood, si la saga se conclut sur un happy-end, alors le deuxième acte doit s’achever sur une note négative. Entré depuis lors dans l’Histoire du Cinéma et de la Pop-Culture, le climax émotionnel de L’Empire contre-attaque est un coup de théâtre à triple effet : approfondir les enjeux dramatiques, relancer l’intérêt du spectateur avant le chapitre final et replacer au centre du récit la figure de Dark Vador, aujourd’hui emblème de la saga.

En 1980, le Nouvel Hollywood est enterré sous les cendres de La Porte du Paradis.  Dès lors, L’Empire contre-attaque constituera un mètre étalon du Blockbuster pour une petite vingtaine d’années. Démarrage sur les chapeaux de roues : Luke est enlevé par le Wampa (Yeti en langage Star Wars). Quelques minutes plus tard, la séquence de la caverne, servie par la limpidité de la mise en scène et du découpage d’Irvin Kershner, rappelle habilement les lois qui régissent l’Univers Star Wars. Cette péripétie s’achève sur l’apparition d’Obi-Wan qui relance la formation de Luke. Entretemps, dans la base rebelle, l’enjeu amoureux Han/Leïa est propulsé dans l’hyper-espace grâce à des interprètes charismatiques, des dialogues aux petits-oignons et au dynamisme de la mise en scène. Ce premier acte magistral est conclu par la scène d’action obligatoire passée les trente premières minutes de film. Et là quelle orgie ! Multipliant les protagonistes et les effets visuels inédits, servie par un montage au cordeau, l’assaut de la base de Hoth par les troupes impériales constitue la meilleure scène de guerre de toute la trilogie originale.

Passé ce fantastique premier tiers de film, L’Empire contre-attaque est construit sur un récit parallèle qui s’amuse à rompre certains duos du film original pour en inventer de nouveaux. D’un côté, Luke et R2D2 dans le système Dagoba, de l’autre, Solo/Leïa et Chewbacca/C3PO dans le Faucon Millenium puis la cité des nuages. Les décors schématiques se succèdent (neige, espace, marécage, nuages), la galerie de personnages s’étend (Yoda, Boba Fett, Lando Calrissian) et surtout les péripéties s’enchaînent, faisant de la saga intergalactique la digne héritière des sérials d’antan. Un autre coup de génie de Lawrence Kasdan, c’est d’avoir inséré l’inévitable grande scène spatiale en milieu de film. La fuite du célébrissime vaisseau de Han Solo est par ailleurs découpée en plusieurs  séquences pour multiplier le plaisir. Il laisse ainsi place forte au combat de sabres lasers final, autre figure imposée découpée en trois segments, ici un exceptionnel feu d’artifices de coups fourrés et de répliques cultes.

Placé entre un épisode initial à la mise en scène laborieuse et un Retour du Jedi qui pêche par excès d’Ewoks-mignons-tout-plein, L’Empire contre-attaque persiste à creuser les sillons qui rendront la saga immortelle. Irvin Kershner multiplie les plans iconiques sur Dark Vador, achevant d’en faire une parfaite figure du Mal (avant la révélation finale, qui humanise d’un coup le personnage). Au top de son charisme, Harrison Ford est particulièrement bien servi par des punchlines à n’en plus finir et le couple (légèrement SM) qu’il forme avec Leïa rivalise d’intensité avec le duo Luke/Dark Vador. Le magicien Frank Oz ensorcèle une marionnette de soixante-six centimètres baptisée Yoda, qui entre instantanément dans la légende. La direction artistique de Norman Reynolds, dotée de moyens conséquents, fait le grand écart entre des décors inoubliables tout en gardant l’essence carnavalesque et carton-pâte qui contribua au succès du premier épisode. En bref, tout le monde est au top.

Sommet du cinéma de divertissement, d’un cinéma de producteur, industriel et collectif, L’Empire contre-attaque, doit une bonne part de sa réussite à son casting, artistique et technique. Encore une fois, pour la suite du succès de sa saga intergalactique, George Lucas peut vivement congratuler ses collaborateurs. Est-ce las de devoir sa réussite à des tiers qu’il restera seul maître à bord de la deuxième trilogie ? Une bien piètre erreur, qui confirme de quel côté de la Force se trouvent les Jedi trop orgueilleux.

Durée : 2h04

Date de sortie FR : 20-08-1980
Date de sortie BE : 20-08-1980
PAR LE MÊME RÉALISATEUR
PARTAGEZ CET ARTICLE
LAISSEZ VOTRE COMMENTAIRE
Nom : (Obligatoire)
Mail : (Obligatoire)
Site web :
LIKEZ LE PASSEUR !
Critique mise en ligne le 04 Février 2014

AUTEUR
Olivier Grinnaert
[113] articles publiés

Je fus initié au cinéma dans les années 80 par le gérant d'un vidéo-club pr...
[en savoir plus]

NOS DERNIERS ARTICLES